ESPRIT


ESPRIT
ESPRIT

Le concept d’«esprit», dont la spécificité a sans cesse fluctué à travers les différentes cultures et tout au long de l’histoire des idées, semble de nos jours être pris à nouveau comme référence majeure, notamment par des biologistes, qui y voient «un mot au sens suffisamment large pour pouvoir englober toutes les réactions, des plus élémentaires aux plus évoluées, c’est-à-dire depuis les tropismes des êtres unicellulaires et les réflexes des organismes pluricellulaires aux facultés mentales les plus élaborées» (G. Lazorthes, Le Cerveau et l’Esprit , Flammarion, Paris, 1982). On évoquera ici, à travers l’histoire de la pensée, depuis l’Orient ancien et le 益礼羽﨟 grec ainsi que la mens ou l’ingenium des Latins, les moments les plus marquants de l’héritage d’un tel concept.

La philosophie orientale

Dans l’Inde ancienne, le Lank vat ras tra évoque un esprit correspondant à une construction mentale qui mène à la connaissance objective. Pour les Chinois de l’Antiquité, l’esprit, c’est Xin . Chez Zhuang Zhou, il se situe, en marge de la connaissance, entre l’intellect (discursif) et l’âme. On connaît mieux grâce à l’intuition qui survient après la concentration de l’attention-cœur-esprit, cette concentration produisant un vide illuminant de l’âme. Dati distingue de facto le cœur et l’esprit, tout en les disant complémentaires, en tant que formant la nature humaine et constituant une faculté supérieure par opposition à l’infériorité des sensations. Sous le vocable de pensée , on peut trouver, avec l’école meïtiste (IIIe av. J.-C.), d’une part, la connaissance (rencontre entre le sujet et l’objet: la pensée et les sens), ensuite, la compréhension par l’esprit éclairant, enfin, la cogitation (la pensée sur elle-même). En général, le problème des rapports entre l’esprit et le corps a donné lieu, en Chine, à une controverse qui s’est étendue sur plusieurs siècles et qui a insisté tour à tour sur différentes conceptions de l’esprit: une illumination obtenue par un organe opérant dans la spontanéité et par jaillissement (Huineng); une énergie spirituelle anti-intellectualiste (école de dhy na); un contenant extensible, que l’homme peut agrandir afin que la pensée ne reste pas dans les limites des sensations (Zhang Zai); un principe naturel actif qui n’est en liaison qu’avec la matière (Zhu Xi); notre conscience, qui comprend l’univers, avec un pouvoir existentialisant (Wang Shouren), etc.

La philosophie gréco-latine

Philon d’Alexandrie professe une conception biblique de l’esprit humain. La vacuité de ce dernier par rapport à l’esprit divin doit être réalisée pour que la «lumière» de Dieu pénètre, dans le domaine de la connaissance, l’esprit-lumière humain et y luise. Chez Anaxagore, l’esprit se présente comme un principe omnipotent, omniopératoire, omniscient, omniprésent, sans altération de sa nature. Chez Platon, les notions d’âme , de pensée , de science sont bien plus répandues que celle du 益礼羽﨟 (esprit). Cependant, on peut dire, avec le philosophe lui-même, que l’esprit est le pilote de l’âme (Phèdre ). Ce noûs , véritable privilège de l’âme, qui seule de tous les êtres le possède, on peut reconnaître que non seulement, quant à l’acception la plus banale, il produit les «pensées» ( 益礼兀猪見精見) dans les âmes, mais encore que (comme le montre l’envolée lyrico-métaphysique du Timée ) il constitue l’apanage d’une catégorie restreinte d’hommes, et des dieux en général, tous les êtres humains non discriminés participant à la simple «opinion». Aristote, dans la Politique , note deux parties dans l’âme, l’une non raisonnable, l’autre raisonnable; l’«appétit» caractérise la première, l’esprit la seconde. On trouve un dualisme similaire dans la Naturalis Auscultatio : il y a l’âme et l’esprit de l’âme. La Métaphysique met en relief l’esprit de notre âme, qui est d’ailleurs comparé aux yeux. Épicure voit dans l’esprit une sorte d’organe de l’activité cognitive de l’âme, organe générateur de choix, d’interprétation, de mouvement. Numenius d’Apamée envisagerait trois degrés de l’esprit: l’essence-unité, le lieu des idées, l’incarnation de celles-ci. Plotin signale un contact noétique (avec l’intelligible divin) qui est antérieur à l’esprit particulier à chaque moi. Dans la philosophie grecque chrétienne, en général, l’âme prédomine, éclairée par l’Esprit (Saint-Esprit). L’union hypostatique apparaît comme une sorte de théorie de la connaissance, même à l’occasion chez saint Augustin, qui, au reste, se préoccupe de distinguer l’idée, l’âme, l’esprit, la raison, quand la rigueur de ses analyses l’exige.

Le Moyen Âge et la Renaissance

Il est difficile de cerner la spécificité du concept d’esprit dans la philosophie médiévale. Le mot désigne une généralité qui concerne l’ensemble des opérations de la connaissance, une sorte de faculté de l’activité psychique, par opposition avec le corps (la matière). Si l’on veut se montrer précis sur le fonctionnement de cette faculté, on a alors l’intellect (agent ou possible), très célèbre, quant à la notion et à l’expression, lorsque les théologiens philosophent. Signalons toutefois quelques vues intéressantes. On rencontre chez Almanne (IXe s.) un esprit (spiritus ) qui illumine l’aisthesis (le sensible). Guillaume de Conches met l’accent sur la valeur physico-métaphysique de l’esprit , qui est regardé, avec le corps, comme un des deux éléments du vivant, ce dernier étant issu de la Sagesse unificatrice. Pour Alain de Lille, il est question d’un spiritus physicus qui est bien corporel et mobile entre le corps et l’âme. David de Dinant considère trois principes: Dieu (principe des substances spirituelles), noûs (entendement), hylè (matière, principe des corps). Le noûs est le principe des âmes, ce qui n’empêche pas une conception moniste, avec l’affirmation d’une identité de «matière» entre les trois «principes». Saint Thomas, qui utilise souvent le terme d’intellect , voit néanmoins dans l’esprit une partie de la puissance opératoire de l’âme, un organe du raisonnement et de l’évidence (cf. les «idées innées»). Il y a même, le cas échéant, distinction entre l’intellect (intellectus ) et l’esprit (mens ), le second désignant l’organe qui conçoit, le premier la faculté de concevoir, voire son lieu dans le seul domaine de la logique. Pierre Auriol songe à un «esprit» qui est un milieu psychique instrumentant par l’intellect, ou simplement une capacité d’intellection (cf. Guillaume d’Ockham). Nicolas de Cues a composé un De mente . Cardan a envisagé une mens qui est créatrice ou interprétatrice. On rencontre une façon de métapsychologie dans les travaux de Charles de Bovelles: l’esprit serait une force (conatus ) connaissante de par la précision de ses opérations issues de Dieu. Guillaume Postel, différenciant l’esprit et l’âme, fait de la mens une notion capitale. Il lui attribue une primauté d’origine divine.

L’âge classique (XVIIe -XVIIIe s.)

Descartes et ses disciples n’attachent pas grande importance à une discrimination de l’âme et de l’esprit. Il ne s’agit là que d’une façon de parler. Le second terme est, néanmoins, privilégié par La Forge, dont l’ouvrage porte ce titre suggestif: Traité de l’Esprit de l’Homme, de ses facultés et fonctions, et de son union avec le corps . On trouve ici une intéressante étude du fonctionnement du cerveau, qui, pourtant, n’est nullement assimilable à l’esprit et qui demeure le simple «organe» (corporel) de celui-ci. Regis distingue un esprit appelé «âme» d’un autre qui est proprement «esprit», et constitue une substance séparable du corps. Hobbes énonce une conception matérialisante et empiriste, l’esprit apparaissant comme un corps subtil étendu, pourvu de la faculté de concevoir et de mouvoir. Les fonctions dudit esprit, dans Spinoza, consistent à percevoir: 1. son propre corps; 2. les corps; 3. l’essence de Dieu par voie de conséquence. Le sens général du concept d’esprit correspond, à la fois, à entendement, volonté, affectivité, mais dans un mode certain du penser, non de l’étendue, qui est au demeurant objet plutôt que sujet. Leibniz met en exergue parmi les âmes (qui sont toutes des substances) l’esprit humain, lequel est seul à être doué de réflexion (connaissance) et à s’approcher, pour ainsi dire, intellectuellement et moralement de la Divinité. Alors que, chez Locke et, plus tard, chez Hume, il y a incertitude sur la nature et le rôle précis de l’esprit, ce dernier n’étant que lieu récepteur (passif) des idées, l’immatérialisme de Berkeley privilégie son essentielle activité. Condorcet est l’auteur d’une Esquisse d’un tableau analytique de l’esprit humain. «Esprit» évoque, en l’occurrence, un ensemble d’acquis et de perfectionnements, un contenant dont la potentialité est très extensible, quoique limitée; c’est aussi un contenu à augmenter. Fichte croit à une «histoire» de l’esprit. Le Schelling de la première époque systématise une philosophie de la nature, dans laquelle liberté et arbitraire sont le point de départ de la philosophie de la connaissance et qui a pour centre une conception objectivo-transcendantale de l’esprit, envisageant une démarche de l’esprit vers la nature et de celle-ci vers celui-là. L’esprit absolu caractérise une notable part de l’hégélianisme. L’esprit humain entendu dans une acception plus banale (c’est-à-dire comme ce qui n’est pas le corps), n’est pas ignoré par Hegel. Toutefois, ce sens usuel se révèle désigner encore l’esprit absolu dans ses états et manifestations au sein de la «vie» humaine, qui, d’ailleurs, n’est pas essentiellement distincte de la vie absolue (ainsi, l’esprit est la force motrice de l’histoire, la phénoménologie de l’esprit est assurée par l’art...). Marx combattra cette conception hégélienne de l’esprit.

XIXe et XXe siècles

Avec Schopenhauer, l’esprit conduirait à l’«objectivation de la volonté» (l’esprit correspond au devoir). Auguste Comte préfère le cerveau. Pour Scheler, la pleine valeur de l’esprit n’est et ne progresse qu’avec l’expérience (avec réciprocité). Cosanquet et Cattaneo envisagent la réalité efficace des «esprits associés». Bertrand Russell a écrit The Analysis of the Mind . Karl Jaspers présente des tableaux où l’esprit apparaît au titre de «l’englobant que nous sommes» (immanent), avec, sur le même plan, l’«existence empirique» et la «conscience universelle»... Englobant dynamiseur du penser, du sentir et du faire, qui perd sa caractéristique d’esprit s’il s’objective. Selon Maurice Merleau-Ponty, voir et construire par l’esprit ne suffisent pas au niveau de la «pensée réfléchie»: il importe de comprendre . Pour Gaston Bachelard, l’esprit, c’est à la fois: 1. une activité rationnelle idéifiant, intellectualisant la réalité, qui à son tour influe sur ses démarches; 2. un contenu psychique. Signalons comme étant à part une conception de l’esprit qui se recommande du «behaviorisme linguistique», avec G. Ryle; et notons, dans le contexte existentialiste, que, chez Sartre, l’existence récupérera pour la matière «toutes les ressources morales et affectives de l’esprit» (O. Pucciani). En gros, depuis deux siècles, la référence à la notion d’esprit, ou son étude, se sont imposées, avec une notable diversité des points de vue. Il y eut des traditionalismes: Cournot, en pédagogue, distinguait l’esprit et la raison, le premier étant une faculté intellective qui est essentiellement active, mais qui a besoin de normes (rationnelles). On peut évoquer aussi les idéalismes (par exemple, celui, réalistique, de Léon Brunschvicg) et les démarches positivistes ou marxistes (primat du cerveau, la matière engendrant la pensée)... L’âme a-t-elle alors disparu au profit de l’esprit ? Bergson a montré qu’il n’en est rien; et un problème demeure qui a trait aux rapports entre l’âme, la pensée, l’esprit, la matière.

esprit [ ɛspri ] n. m.
• déb. XIIIe, répandu XIVe; lat. spiritus « souffle »
I A
1Dans la Bible, Souffle de Dieu. « L'esprit souffle où il veut » ( BIBLE ).
(v. 1120) SAINT-ESPRIT [ sɛ̃tɛspri ] ou E SPRIT SAINT : Dieu comme troisième personne de la Trinité, qui procède du Père par le Fils. ⇒ paraclet, sanctificateur. Représentation du Saint-Esprit par une colombe. L'Esprit saint est descendu sur les apôtres à la Pentecôte. Par l'opération du Saint-Esprit.
2Inspiration venant de Dieu. Dieu répandit un esprit de sagesse, d'erreur. « Est-ce l'Esprit divin qui s'empare de moi ? » (Racine).
3Principe de la vie incorporelle de l'homme. âme. Principe de la vie corporelle de l'homme. vie. Vieilli Rendre l'esprit : mourir (cf. Rendre l'âme, le dernier soupir). « Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière » (Malherbe).
B(1550; repris au gr.) Mode d'articulation de l'initiale vocalique en grec ancien; signe au-dessus de la voyelle qui le note. Esprit dur, rude (´) :émission de la voyelle avec aspiration; esprit doux (´). IIÉmanation des corps.
1Vx Les esprits : corps légers et subtils, émanations que l'on considérait comme le principe de la vie et du sentiment. Esprits vitaux. Anc. méd. Les « esprits animaux sont comme une flamme très pure et très vive, qui montant [...] du cœur dans le cerveau, [...] donne le mouvement à tous les membres » (Descartes). Mod. Loc. Perdre ses esprits : être égaré par une émotion violente, un trouble; perdre connaissance. ⇒ s'évanouir. Reprendre ses esprits : revenir à soi.
2(1575) Anc. chim. Produit liquide volatil, ou gaz dégageant une forte odeur; produit d'une distillation. essence (III), 1. vapeur. Mod. et région. Esprit-de-sel [ ɛspridsɛl ] n. m. :acide chlorhydrique étendu d'eau. Esprit-de-bois [ ɛspridbwa ] n. m. :alcool méthylique. ⇒ méthylène . Esprit-de-vin [ ɛspridvɛ̃ ] n. m. :alcool éthylique.
IIIÊtre immatériel, incorporel.
1Relig. Dieu est un pur esprit. Esprits célestes. ange. Esprit des ténèbres, esprit malin, esprit du mal. démon, diable. Loc. N'être pas un pur esprit : avoir des besoins corporels, matériels.
2Être imaginaire des mythologies, qui est supposé se manifester sur la terre. elfe, farfadet, fée, génie, gnome, lutin, sylphe, sylphide; éfrit, kobold, korrigan, 1. péri, troll.
3Âme d'un défunt, dans l'occultisme. fantôme, mânes, revenant, spectre, zombie. Évocation des esprits ( spiritisme) . Esprit es-tu là ? Esprits frappeurs.
IVLa réalité pensante.
1L'esprit. Le principe pensant en général, (opposé à l'objet de pensée, à la matière). 1. pensée. Doctrines philosophiques sur l'esprit et la matière. idéalisme, matérialisme, spiritualisme. « Je ne suis donc, précisément parlant, qu'une chose qui pense, c'est-à-dire un esprit » (Descartes) . « Le but du monde est le développement de l'esprit, et la première condition du développement de l'esprit, c'est sa liberté » (Renan). Allus. bibl. Bienheureux les pauvres en esprit, ceux qui se veulent pauvres, qui sont pauvres en intention (souvent compris par erreur comme : personnes sans intelligence).
♢ (Opposé à la chair) Vivre selon l'esprit. Loc. En esprit : spirituellement. S'unir en esprit. Allus. bibl. L'esprit est prompt, la chair est faible.
♢ (Opposé à la réalité) Péj. Vue de l'esprit : position abstraite, théorique, ne s'appuyant pas sur le réel. Création de l'esprit. chimère, utopie. C'est un jeu de l'esprit. Ils « croient volontiers que la littérature est un jeu de l'esprit destiné à être éliminé de plus en plus dans l'avenir » (Proust).
2Principe de la vie psychique, tant affective qu'intellectuelle, chez un individu. âme, conscience, moi. Étude de l'esprit. psychologie. L'esprit et le corps d'un homme. L'effroi s'empara de son esprit. Conserver l'esprit libre, repousser les soucis, les influences. Tour (vieilli), tournure d'esprit : manière d'envisager les choses. ⇒ mentalité. Mod. Disposition d'esprit, état d'esprit. Avoir l'esprit ailleurs : être distrait, penser à autre chose (cf. Être dans la lune). Où ai-je, où avais-je l'esprit ? (pour s'excuser d'un manque d'attention, d'un oubli[cf. Où avais-je la tête ?]). EN ESPRIT : en imagination, par la pensée. Voir qqch. en esprit. imaginer. La lettre « dont Votre majesté impériale m'honore, m'a transporté en esprit à Orembourg » (Voltaire). Être sain de corps et d'esprit. Perdre l'esprit : devenir fou. Avoir l'esprit dérangé : être fou. Être simple d'esprit.
3Ensemble des dispositions, des façons d'agir habituelles. caractère. Avoir l'esprit aventurier, belliqueux, changeant, retors. Petit esprit, esprit étroit (cf. aussi ci-dessous, des personnes ). Étroitesse d'esprit. Esprit large, largeur d'esprit. — AVOIR BON, MAUVAIS ESPRIT : être bienveillant, coopératif, confiant; être malveillant, rebelle, méfiant.
Humeur. Avoir, ne pas avoir l'esprit à, l'humeur à. Je n'ai pas l'esprit au jeu, l'esprit à m'amuser en ce moment ( goût, tête) .
Par ext. (des personnes elles-mêmes) homme; 1. gens. C'est un esprit romanesque. Les esprits chagrins. Influencer de jeunes esprits. Calmer les esprits. Mater les mauvais esprits.
4Principe de la vie intellectuelle (opposé à la sensibilité). entendement, intellect, intelligence, 1. pensée ; raison; cerveau, cervelle , tête. Relatif à l'esprit. cérébral, intellectuel, mental. « L'esprit est toujours la dupe du cœur » (La Rochefoucauld). Acuité, agilité, clarté, rapidité, vivacité d'esprit. Dons de l'esprit. génie, talent . Esprit lucide, profond, subtil; observateur; logique. Esprit caustique. Esprit borné, lent. Faiblesse, lenteur, paresse, pesanteur d'esprit. Esprit pratique, terre à terre, positif. Idée, pensée, réflexion qui vient à l'esprit, traverse l'esprit. Dites tout ce qui vous viendra à l'esprit (cf. Passer par la tête). « Il roulait dans son esprit de profondes pensées » (France). Exercer, faire fonctionner son esprit. Nourrir, cultiver son esprit. Ouvrir l'esprit. Dans mon esprit : dans ma pensée, selon moi. Vous m'avez mal compris; dans mon esprit, il ne s'agissait pas de vous blâmer. Présence d'esprit : aptitude à faire ou à dire sans hésitation ce qui est à propos. ⇒ à-propos. Avoir l'esprit mal, bien tourné.
Par ext. (des personnes elles-mêmes) « Un de ces esprits légers, habitués à la confusion, dont il est convenu que le Parlement abonde » (Romains). Vx ou péj. Un bel esprit : un homme cultivé et qui aime le montrer. ⇒ pédant. Mod. Prov. Les grands esprits se rencontrent, se dit plaisamment lorsque deux personnes émettent le même avis.
Esprit fort : personne qui revendique un jugement indépendant (par rapport aux préjugés, aux idées religieuses).
VAptitude intellectuelle.
1(Qualifié) Aptitude, disposition particulière de l'intelligence. Esprit philosophique, mathématique : don, disposition pour la philosophie, etc. (fam. bosse) . Avoir l'esprit des affaires, du commerce. 1. sens. Avoir l'esprit de synthèse, d'analyse. Esprit d'observation. Esprit critique. Esprit de suite. Manquer d'esprit d'à-propos. L'esprit de l'escalier.
2Absolt Vx Qualité, valeur intellectuelle ( intelligence, talent). « Ni l'ignorance n'est défaut d'esprit, ni le savoir n'est preuve de génie » (Vauvenargues). « Comment l'esprit vient aux filles », conte de La Fontaine.
3(1547) Mod. Vivacité piquante de l'esprit; ingéniosité dans la façon de concevoir et d'exposer qqch. ( finesse , malice; humour). Avoir de l'esprit, beaucoup d'esprit ( spirituel) . Homme, femme d'esprit. « Il faut de l'esprit pour bien parler, de l'intelligence suffit pour bien écouter » (A. Gide). Repartie pleine d'esprit ( sel) . Trait d'esprit; mot d'esprit. boutade, calembour, pointe, saillie. Loc. Faire de l'esprit : manifester son aptitude à être spirituel, ou celle que l'on croit avoir (souvent péj.).
VI
1Attitude générale qui détermine, oriente l'action. intention, volonté. Esprit de révolte. Esprit de justice, de charité, de sacrifice. Avoir le bon esprit de faire qqch., la bonne idée. — Dans un esprit de. intention; but, dessein, idée. Il a agi dans un esprit de vengeance. C'est dans cet esprit qu'il convient d'envisager la chose (cf. Sous cet angle, cet aspect). point de vue. Sans esprit de retour : sans intention de revenir.
2Fonds d'idées, de sentiments qui oriente l'action d'une collectivité concrète ou abstraite. L'esprit d'une société. génie. « L'esprit de la monarchie est la guerre et l'agrandissement; l'esprit de la république est la paix et la modération » (Montesquieu). Il faut « entrer dans l'esprit de son temps, afin d'avoir action sur cet esprit » (Chateaubriand). Esprit de corps, d'attachement et de dévouement au corps, au groupe auquel on appartient. ⇒ corporatisme, solidarité. Esprit d'équipe. Esprit de famille.
3Le sens profond d'un texte; l'essentiel de la pensée d'un auteur. L'esprit d'une constitution. « L'Esprit des lois », ouvrage de Montesquieu. L'esprit et la lettre.
⊗ CONTR. Chair, corps. Matière. Bêtise, inintelligence; lourdeur, pesanteur. Platitude. Forme, lettre.

esprit nom masculin (latin spiritus, souffle) Partie incorporelle de l'être humain, par opposition au corps, à la matière. Être immatériel, revenant, fantôme, qui est supposé se manifester sur terre : Château hanté par les esprits. Principe de la vie psychique, intellectuelle ; capacités intellectuelles, intelligence : Avoir l'esprit pénétrant. Siège de la pensée, des idées : Une idée me vient à l'esprit. Disposition particulière, aptitude de quelqu'un à faire preuve de quelque chose, à s'intéresser à quelque chose : Il a l'esprit d'entreprise. Sens général qui résulte d'un texte, d'un propos, d'un comportement, intentions profondes qui s'y expriment : La décision de l'arbitre est conforme à l'esprit du règlement. Personne considérée sous le rapport de ses facultés intellectuelles, de ses dispositions, de ses manières de penser : Nous avons besoin d'esprits novateurs. Manière originale, ingénieuse, d'envisager les choses ; humour, ironie : Une remarque pleine d'esprit. Alchimie Principe vital. Chimie Nom ancien de corps facilement volatils produits par distillation, particulièrement les eaux-de-vie. Dentelle Point qui passe alternativement au-dessus et au-dessous de chacun des fils et forme ainsi un point de fond ou un point ornemental (notamment dans le tulle). Linguistique Signe diacritique particulier à la langue grecque, qui se place sur la première lettre des mots commençant par une voyelle ou la consonne ρ et sur la deuxième voyelle des mots commençant par une diphtongue. (On distingue l'esprit doux[’], qui ne correspond à aucun phonème, et l'esprit rude[‘], qui correspond à une aspiration.) Occultisme Ange bon ou mauvais, élémentaire, âme de défunt. ###● esprit (citations) nom masculin (latin spiritus, souffle) Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 Il y a une forte raison de ne pas dire au premier arrivant ce qui vient à l'esprit, c'est qu'on ne le pense point. Éléments de philosophie Gallimard Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 La morale consiste à se savoir esprit et, à ce titre, obligé, absolument ; car noblesse oblige. Lettres sur la philosophie de Kant Flammarion Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 C'est par l'esprit que l'homme se sauve, mais c'est par l'esprit que l'homme se perd. Mars ou la Guerre jugée Gallimard Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 Il n'y a de paix qu'entre esprit et esprit. Mars ou la Guerre jugée Gallimard Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 Nous n'aurons jamais trop de ces fiers esprits qui jugent, critiquent et résistent. Ils sont le sel de la cité. Propos d'un Normand, tome I Gallimard Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 Tous les moyens de l'esprit sont enfermés dans le langage ; et qui n'a point réfléchi sur le langage n'a point réfléchi du tout. Propos sur l'éducation P.U.F. Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 Désordre dans le corps, erreur dans l'esprit, l'un nourrissant l'autre, voilà le réel de l'imagination. Système des beaux-arts Gallimard Jean Le Rond d'Alembert Paris 1717-Paris 1783 On nuit plus aux progrès de l'esprit en plaçant mal les récompenses qu'en les supprimant. Discours préliminaire à l'« Encyclopédie » Jacques Amyot Melun 1513-Auxerre 1593 C'est un point de grande importance, pour bien mettre son esprit à repos, de se considérer principalement soi-même, son état et sa condition. Œuvres morales, traduit de Plutarque. Antonin Artaud Marseille 1896-Ivry-sur-Seine 1948 L'esprit a tendance à se délivrer du palpable pour arriver à ses fins. Lettre à Léon Daudet, 26 avril 1931 Gallimard Antonin Artaud Marseille 1896-Ivry-sur-Seine 1948 Là où d'autres proposent des œuvres, je ne prétends pas autre chose que de montrer mon esprit. L'Ombilic des limbes Gallimard Gaston Bachelard Bar-sur-Aube 1884-Paris 1962 C'est à l'animus qu'appartiennent les projets et les soucis, deux manières de n'être pas présent à soi-même. À l'anima appartient la rêverie qui vit le présent des heureuses images. La Poétique de la rêverie P.U.F. Commentaire Distinction classique, reprise des philosophes grecs, entre anima (alogon), c'est-à-dire l'âme en tant que principe vital distinct du corps, et animus (logikon), siège de la pensée, de l'intelligence. Honoré de Balzac Tours 1799-Paris 1850 La méchanceté combinée avec l'intérêt personnel équivaut à beaucoup d'esprit. Les Employés Maurice Barrès Charmes, Vosges, 1862-Neuilly-sur-Seine 1923 Il est des lieux où souffle l'esprit. La Colline inspirée Plon Charles Baudelaire Paris 1821-Paris 1867 Ce qui est créé par l'esprit est plus vivant que la matière. Fusées Pierre Augustin Caron de Beaumarchais Paris 1732-Paris 1799 Que les gens d'esprit sont bêtes ! Le Mariage de Figaro, I, 1 Pierre Augustin Caron de Beaumarchais Paris 1732-Paris 1799 Ne pouvant avilir l'esprit, on se venge en le maltraitant. Le Mariage de Figaro, V, 3 Henri Bergson Paris 1859-Paris 1941 Nous devons entendre par esprit une réalité qui est capable de tirer d'elle-même plus qu'elle ne contient. Écrits et paroles, Message au Congrès Descartes P.U.F. Emmanuel Berl Le Vésinet 1892-Paris 1976 La nature de l'esprit comporte qu'il n'est jamais serf de ce qu'il considère, mais de ce qu'il néglige. Mort de la pensée bourgeoise Grasset Élémir Bourges Manosque 1852-Paris 1925 L'égalité est l'idéal de l'esprit de l'homme, et l'inégalité, le penchant de son cœur. Les Oiseaux s'envolent et les fleurs tombent Mercure de France André Breton Tinchebray, Orne, 1896-Paris 1966 Les dons les plus précieux de l'esprit ne résistent pas à la perte d'une parcelle d'honneur. Manifeste du surréalisme Pauvert Anthelme Brillat-Savarin Belley 1755-Paris 1826 Les animaux se repaissent ; l'homme mange ; l'homme d'esprit seul sait manger. Physiologie du goût Georges Louis Leclerc, comte de Buffon Montbard 1707-Paris 1788 L'esprit humain n'a pas de bornes, il s'étend à mesure que l'univers se déploie. Histoire naturelle, De l'homme Georges Louis Leclerc, comte de Buffon Montbard 1707-Paris 1788 Les singes sont tout au plus des gens à talents, que nous prenons pour des gens d'esprit. Histoire naturelle, De l'homme Jean Calvin, de son vrai nom Cauvin Noyon, Oise, 1509-Genève 1564 Si on nous apporte sous le titre de l'esprit quelque chose qui ne soit contenue en l'Évangile, ne le croyons pas. Institution de la religion chrétienne Alexis Carrel Sainte-Foy-lès-Lyon 1873-Paris 1944 L'esprit n'est pas aussi solide que le corps. L'Homme, cet inconnu Plon Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort près de Clermont-Ferrand 1740-Paris 1794 Académie française, 1781 On n'imagine pas combien il faut d'esprit pour n'être pas ridicule. Maximes et pensées Émile Michel Cioran Răşinari, près de Sibiu, 1911-Paris 1995 Rien ne dessèche tant un esprit que sa répugnance à concevoir des idées obscures. Syllogismes de l'amertume Gallimard Paul Claudel Villeneuve-sur-Fère, Aisne, 1868-Paris 1955 Votre esprit est sans pente. Correspondance avec A. Gide Gallimard Paul Claudel Villeneuve-sur-Fère, Aisne, 1868-Paris 1955 […] Ce n'est pas l'esprit qui est dans le corps, c'est l'esprit qui contient le corps, et qui l'enveloppe tout entier. Le Soulier de satin, I, 6, le roi Gallimard Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 Les esprits généreux jugent tout par eux-mêmes. Théodore, IV, 1, Placide Salvador Dalí Figueras 1904-Figueras 1989 La culture de l'esprit s'identifiera à la culture du désir. Le Surréalisme au service de la révolution, n° 3 René Descartes La Haye, aujourd'hui Descartes, Indre-et-Loire, 1596-Stockholm 1650 J'appelle vices des maladies de l'âme, qui ne sont point si aisées à connaître que les maladies du corps, parce que nous faisons assez souvent l'expérience d'une parfaite santé du corps, mais jamais de l'esprit. Cogitationes privatae René Descartes La Haye, aujourd'hui Descartes, Indre-et-Loire, 1596-Stockholm 1650 La principale règle que j'ai toujours observée en mes études, et celle que je crois m'avoir le plus servi pour acquérir quelque connaissance, a été que je n'ai jamais employé que fort peu d'heures par jour aux pensées qui occupent l'imagination, et fort peu d'heures par an à celles qui occupent l'entendement seul, et que j'ai donné tout le reste de mon temps au relâche des sens et au repos de l'esprit. Correspondance, à Élisabeth, 28 juin 1643 René Descartes La Haye, aujourd'hui Descartes, Indre-et-Loire, 1596-Stockholm 1650 La constitution de notre nature est telle que notre esprit a besoin de beaucoup de relâche afin qu'il puisse employer utilement quelques moments en la recherche de la vérité, et qu'il s'assoupirait au lieu de se polir s'il s'appliquait trop à l'étude. Correspondance, à Élisabeth, 6 octobre 1645 René Descartes La Haye, aujourd'hui Descartes, Indre-et-Loire, 1596-Stockholm 1650 Ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien. Discours de la méthode Denis Diderot Langres 1713-Paris 1784 On a dit que l'amour qui ôtait l'esprit à ceux qui en avaient en donnait à ceux qui n'en avaient pas. Paradoxe sur le comédien Maxime Du Camp Paris 1822-Baden-Baden 1894 Académie française, 1880 L'esprit est ce qu'il y a de plus bête au monde. L'Attentat Fieschi Charpentier François de Salignac de La Mothe-Fénelon château de Fénelon, Périgord, 1651-Cambrai 1715 Le bel esprit a le malheur d'affaiblir tout ce qu'il croit orner. Lettre à l'Académie François de Salignac de La Mothe-Fénelon château de Fénelon, Périgord, 1651-Cambrai 1715 Pour les prédicateurs […], ce n'est pas la religion mais leur bel esprit qu'ils ont intérêt de persuader au monde. Lettre à l'Académie Gustave Flaubert Rouen 1821-Croisset, près de Rouen, 1880 Académie française, 1880 Il me semble qu'une Académie est tout ce qu'il y a de plus antipathique au monde à la constitution même de l'Esprit, qui n'a ni règle, ni loi, ni uniforme. Correspondance, à Louise Colet, 1852 Gustave Flaubert Rouen 1821-Croisset, près de Rouen, 1880 Académie française, 1880 Pour que la matière ait tant de pouvoir, il faut qu'elle contienne un esprit. La Tentation de saint Antoine Henri Focillon Dijon 1881-New Haven, Connecticut, 1943 Le propre de l'esprit, c'est de se décrire constamment lui-même. Vie des formes P.U.F. Anatole François Thibault, dit Anatole France Paris 1844-La Béchellerie, Saint-Cyr-sur-Loire, 1924 Académie française, 1896 Le cœur se trompe comme l'esprit […]. Le Petit Pierre Calmann-Lévy Théophile Gautier Tarbes 1811-Neuilly 1872 Une femme qui est belle a toujours de l'esprit ; elle a l'esprit d'être belle, et je ne sais pas lequel vaut celui-là. Mademoiselle de Maupin André Gide Paris 1869-Paris 1951 Les plus douteux égarements de la chair m'ont laissé l'âme plus tranquille que la moindre incorrection de mon esprit. Journal des Faux-Monnayeurs Gallimard Jean-Baptiste Louis Gresset Amiens 1709-Amiens 1777 L'esprit qu'on veut avoir gâte celui qu'on a. Le Méchant René Guénon Blois 1886-Le Caire 1951 Entre l'esprit religieux, au vrai sens du terme, et l'esprit moderne, il ne peut y avoir qu'antagonisme. Orient et Occident Éditions Véga Sacha Guitry Saint-Pétersbourg 1885-Paris 1957 On peut faire semblant d'être grave ; on ne peut pas faire semblant d'avoir de l'esprit. In l'Esprit de Guitry Gallimard Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 Ami, cache ta vie et répands ton esprit. Les Rayons et les Ombres, À un poète Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 L'âme française est plus forte que l'esprit français, et Voltaire se brise à Jeanne d'Arc. Tas de pierres Éditions Milieu du monde Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 L'instinct, c'est l'âme à quatre pattes ; la pensée c'est l'esprit debout. Tas de pierres Éditions Milieu du monde Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 La plus grande infirmité qui puisse échoir à un esprit faible, c'est de devenir un esprit fort. Tas de pierres Éditions Milieu du monde Joseph Joubert Montignac, Corrèze, 1754-Villeneuve-sur-Yonne 1824 La vieillesse n'ôte à l'homme d'esprit que des qualités inutiles à la sagesse. Pensées Jean de La Bruyère Paris 1645-Versailles 1696 L'esprit de la conversation consiste bien moins à en montrer beaucoup qu'à en faire trouver aux autres : celui qui sort de votre entretien content de soi et de son esprit l'est de vous parfaitement. Les Caractères, De la société et de la conversation Jean de La Bruyère Paris 1645-Versailles 1696 Un sot ni n'entre, ni ne sort, ni ne s'assied, ni ne se lève, ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes, comme un homme d'esprit. Les Caractères, Du mérite personnel Jules Lachelier Fontainebleau 1832-Fontainebleau 1918 Le dernier point d'appui de toute vérité et de toute existence, c'est la spontanéité de l'esprit. Psychologie et métaphysique Alcan Pierre Choderlos de Laclos Amiens 1741-Tarente 1803 Mon Dieu, que ces gens d'esprit sont bêtes ! Les Liaisons dangereuses Jules Lagneau Metz 1851-Paris 1894 Avant l'homme, l'esprit dormait pour ainsi dire dans la nature. Il dormait, et le monde était son rêve : rêve obscur et gigantesque […]. Discours de Vanves, 1886 Jules Lagneau Metz 1851-Paris 1894 Le corps est dans l'esprit. Fragments Jules Lagneau Metz 1851-Paris 1894 La philosophie n'est autre chose que l'effort de l'esprit pour se rendre compte de l'évidence. In Revue philosophique février 1880 Félicité de La Mennais Saint-Malo 1782-Paris 1854 Au moment où la foi sort du cœur, la crédulité entre dans l'esprit. Mélanges religieux et philosophiques Julien Offray de La Mettrie Saint-Malo 1709-Berlin 1751 L'esprit a, comme le corps, ses maladies épidémiques et son scorbut. L'Homme machine François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Chacun dit du bien de son cœur, et personne n'en ose dire de son esprit. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Les défauts de l'esprit augmentent en vieillissant, comme ceux du visage. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 L'esprit est toujours la dupe du cœur. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 On est quelquefois un sot avec de l'esprit, mais on ne l'est jamais avec du jugement. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 On trouve des moyens pour guérir de la folie, mais on n'en trouve point pour redresser un esprit de travers. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Tous ceux qui connaissent leur esprit ne connaissent pas leur cœur. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Le travail du corps délivre des peines de l'esprit, et c'est ce qui rend les pauvres heureux. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Un homme d'esprit serait souvent bien embarrassé sans la compagnie des sots. Maximes Patrice de La Tour du Pin Paris 1911-Paris 1975 Le beau péché du monde est celui de l'esprit. Une somme de poésie Gallimard Patrice de La Tour du Pin Paris 1911-Paris 1975 L'âme haute et l'esprit pur Se nourrissent de rancune. Une somme de poésie Gallimard Paul Léautaud Paris 1872-Robinson 1956 Avoir de l'esprit. Plaire aux femmes. Rien qui s'oppose davantage. Propos d'un jour Mercure de France Charles Joseph, prince de Ligne Bruxelles 1735-Vienne 1814 L'amour-propre d'un sot est aussi dangereux que celui d'un homme d'esprit est utile. Mes écarts Charles Joseph, prince de Ligne Bruxelles 1735-Vienne 1814 Je connais des gens qui n'ont d'esprit que ce qu'il leur faut pour être des sots. Mes écarts Louis XIV, roi de France Saint-Germain-en-Laye 1638-Versailles 1715 Il est d'un petit esprit, et qui se trompe ordinairement, de vouloir ne s'être jamais trompé. Mémoires Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon Niort 1635-Saint-Cyr 1719 Soyez en garde contre le goût que vous avez pour l'esprit. Trop d'esprit humilie ceux qui en ont peu. Conseils à la duchesse de Bourgogne André Malraux Paris 1901-Créteil 1976 L'Acropole est le seul lieu du monde hanté à la fois par l'esprit et par le courage. Oraisons Funèbres, Hommage à la Grèce Gallimard Marguerite d'Angoulême, reine de Navarre Angoulême 1492-Odos, Bigorre, 1549 Où l'esprit est divin et véhément La liberté y est parfaitement. Les Prisons Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux Paris 1688-Paris 1763 Le trop spirituel est un homme qui n'a jamais assez d'esprit pour savoir la juste mesure qu'il en faut avoir. Réflexions Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux Paris 1688-Paris 1763 La plupart des femmes qui ont beaucoup d'esprit ont une certaine façon d'en avoir qu'elles n'ont pas naturellement, mais qu'elles se donnent. La Vie de Marianne Roger Martin du Gard Neuilly-sur-Seine, 1881-Sérigny, Orne, 1958 L'esprit de la révolution sera trahi par l'esprit militaire. Correspondance avec A. Gide Gallimard André Maurois Elbeuf 1885-Neuilly 1967 Académie française, 1938 Il ne suffit pas d'avoir de l'esprit. Il faut en avoir encore assez pour s'abstenir d'en avoir trop. De la conversation Hachette abbé Marin Mersenne près d'Oizé, Maine, 1588-Paris 1648 [Notre esprit] étant en quelque façon infini, trouve par toutes sortes de ressentiments et d'expériences que ce monde-ci n'est pas sa propre demeure. Impiété des déistes athées et libertins, renversée et confondue Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière Paris 1622-Paris 1673 Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis. Les Femmes savantes, III, 2, Armande Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu château de La Brède, près de Bordeaux, 1689-Paris 1755 Quand on court après l'esprit, on attrape la sottise. Mes pensées Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Il y a de deux sortes d'esprits, l'un géométrique, et l'autre que l'on peut appeler de finesse. Le premier a des vues lentes, dures et inflexibles ; mais le dernier a une souplesse de pensée qu'il applique en même temps aux diverses parties aimables de ce qu'il aime. Discours sur les passions de l'amour Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Différence entre l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse. — En l'un, les principes sont palpables, mais éloignés de l'usage commun […] Mais dans l'esprit de finesse, les principes sont dans l'usage commun et devant les yeux de tout le monde. Pensées, 1 Commentaire Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est surnaturelle. Pensées, 793 Commentaire Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Jean Paulhan Nîmes 1884-Neuilly-sur-Seine 1968 Académie française, 1963 L'esprit est un monde à l'envers. Le clair y procède de l'obscur, la pensée y sort des mots. Les Fleurs de Tarbes Gallimard Charles Perrault Paris 1628-Paris 1703 […] Rien ne marque tant la vaste étendue d'un esprit que de pouvoir s'élever en même temps aux plus grandes choses et s'abaisser aux plus petites. Histoires ou Contes du temps passé, Préface Alexis Piron Dijon 1689-Paris 1773 Les personnes d'esprit sont-elles jamais laides ? La Métromanie, II, 8, Damis Marcel Proust Paris 1871-Paris 1922 Le bonheur est salutaire pour les corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit. À la recherche du temps perdu, le Temps retrouvé Gallimard Marcel Proust Paris 1871-Paris 1922 La matière est réelle parce qu'elle est une expression de l'esprit. Pastiches et mélanges Gallimard Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz Montmirail 1613-Paris 1679 L'esprit dans les grandes affaires n'est rien sans le cœur. Mémoires Pierre Reverdy Narbonne 1889-Solesmes 1960 Esprit moqueur, petit esprit. La moquerie est la fiente de l'esprit critique. En vrac Éditions du Rocher Romain Rolland Clamecy 1866-Vézelay 1944 L'esprit qui s'élève sur les siècles s'élève pour des siècles. Le Théâtre du peuple Albin Michel Denis de Rougemont Neuchâtel 1906-Genève 1985 L'amour est le comble de l'esprit. Penser avec les mains Gallimard Jean-Jacques Rousseau Genève 1712-Ermenonville, 1778 On dirait que mon cœur et mon esprit n'appartiennent pas au même individu. Les Confessions Donatien Alphonse François, comte de Sade, dit le marquis de Sade Paris 1740-Charenton 1814 Je ne sais ce que c'est que le cœur, […] je n'appelle ainsi que les faiblesses de l'esprit. La Philosophie dans le boudoir Charles Augustin Sainte-Beuve Boulogne-sur-Mer 1804-Paris 1869 Jeune, on se passe très aisément d'esprit dans la beauté qu'on aime et de bon sens dans les talents qu'on admire. Mes poisons Suite de l'article ###● esprit (citations) (suite) Retour au début de l'article Antoine de Saint-Exupéry Lyon 1900-disparu en mission aérienne en 1944 C'est l'esprit qui mène le monde et non l'intelligence. Carnets Gallimard Antoine de Saint-Exupéry Lyon 1900-disparu en mission aérienne en 1944 L'illumination n'est que la vision soudaine, par l'Esprit, d'une route lentement préparée. Pilote de guerre Gallimard Louis Antoine Léon Saint-Just Decize 1767-Paris 1794 Il faut ramener toutes les définitions à la conscience : l'esprit est un sophiste qui conduit les vertus à l'échafaud. Fragments sur les institutions républicaines Joseph-Marie, dit Joséphin Soulary Lyon 1815-Lyon 1891 Il en est de certains esprits comme de certaines maisons sordides ; ils ouvrent sur des basses-cours. Promenade autour d'un tiroir Pierre Teilhard de Chardin Sarcenat, Puy-de-Dôme, 1881-New York 1955 En son fourmillement d'âmes, dont chacune résume un monde, l'Humanité est […] l'amorce d'un Esprit supérieur. Écrits du temps de la guerre Le Seuil Pierre Teilhard de Chardin Sarcenat, Puy-de-Dôme, 1881-New York 1955 Il n'y a pas, concrètement, de la Matière et de l'Esprit : mais il existe seulement de la Matière devenant Esprit. L'Énergie humaine Le Seuil Claudine Alexandrine Guérin de Tencin Grenoble 1682-Paris 1749 La grande erreur des gens d'esprit est de ne croire jamais le monde assez bête. Cité par Nicolas de Chamfort dans Caractères et Anecdotes Paul Valéry Sète 1871-Paris 1945 Le secret d'un homme d'esprit est moins secret que le secret d'un sot. Choses tues Gallimard Paul Valéry Sète 1871-Paris 1945 Notre esprit est fait d'un désordre, plus un besoin de mettre en ordre. Mauvaises Pensées et autres Gallimard Paul Valéry Sète 1871-Paris 1945 « L'esprit » est peut-être un des moyens que l'Univers s'est trouvé pour en finir au plus vite. Mélange Gallimard Paul Valéry Sète 1871-Paris 1945 Je ne sais pas ce qu'est la conscience d'un sot, mais celle d'un homme d'esprit est pleine de sottises. Monsieur Teste, Extraits du Log-book de Monsieur Teste Gallimard Commentaire Valéry se réfère de façon explicite au mot de Joseph de Maistre. Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues Aix-en-Provence 1715-Paris 1747 Il n'y a peut-être point de vérité qui ne soit à quelque esprit faux matière d'erreur. Réflexions et Maximes Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues Aix-en-Provence 1715-Paris 1747 On ne s'amuse pas longtemps de l'esprit d'autrui. Réflexions et Maximes Alfred, comte de Vigny Loches 1797-Paris 1863 Tous les tableaux humains qu'un Esprit pur m'apporte S'animeront pour toi quand devant notre porte Les grands pays muets longuement s'étendront. Les Destinées, la Maison du berger Virgile, en latin Publius Vergilius Maro Andes, aujourd'hui Pietole, près de Mantoue, 70 avant J.-C.-Brindes 19 avant J.-C. L'esprit meut la masse [de la matière]. Mens agitat molem. L'Énéide, VI, 727 Isocrate Athènes 436-Athènes 338 avant J.-C. Un esprit solide dans un corps humain, c'est la plus grande force dans la plus grande faiblesse. À Démonicos, 40 (traduction Mathieu et Brémond) Bible Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'esprit de Dieu habite en vous ? Saint Paul, Épître aux Corinthiens, Ire, III, 16 Bible La lettre tue, l'esprit vivifie. Saint Paul, Épître aux Corinthiens, IIe, III, 6 Bible Appliquez-vous à conserver l'unité de l'esprit par ce lien qu'est la paix. Saint Paul, Épître aux Éphésiens, IV, 3 Bible N'éteignez pas l'Esprit. Saint Paul, Épître aux Thessaloniciens, Ire, V, 19 Bible Le vent souffle où il veut ; Tu entends sa voix, Mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit. Évangile selon saint Jean, III, 8 Bible Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux. Évangile selon saint Matthieu, V, 3 Bible Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation ; l'esprit est ardent, mais la chair est faible. Évangile selon saint Matthieu, XXVI, 41 Charles Maurice de Talleyrand-Périgord Paris 1754-Paris 1838 Il y a quelqu'un qui a plus d'esprit que Voltaire, c'est tout le monde. Discours à la Chambre des pairs, 24 juillet 1821 John Dryden Aldwinkle, Northamptonshire, 1631-Londres 1700 Les grands esprits sont sûrement de proches alliés de la folie, et de minces cloisons les en séparent. Great wits are sure to madness near allied, and thin partitions do their bounds divide. Absalom and Achitophel, I Johann Wolfgang von Goethe Francfort-sur-le-Main 1749-Weimar 1832 MÉPHISTO — Je suis l'esprit qui toujours nie, et c'est avec justice : car tout ce qui existe est digne d'être détruit ; il serait donc mieux que rien n'existât. MEPHISTO — Ich bin der Geist, der stets verneint ! Und das mit Recht ; denn alles, was entsteht, Ist wert, daß es zu Grunde geht ; Drum besser wär's, daß nichts entstünde. Premier Faust, cabinet d'étude David Herbert Lawrence Eastwood 1885-Vence 1930 La terreur que l'esprit ressent devant le corps a rendu fous d'innombrables mortels. The mind's terror of the body has probably driven more men mad than ever could be counted. Le Serpent à plumes, Préface Poul Martin Møller Uldum, près de Vejle, 1794-Copenhague1838 C'est souvent la pauvreté de l'esprit qui rend les gens studieux. Pensées détachées Friedrich, baron von Hardenberg, dit Novalis Wiederstedt, près de Hettstedt, Saxe, 1772-Weissenfels 1801 L'homme qu'anime l'esprit n'achoppe pas devant les barrières et les différences ; elles le stimulent plutôt. Seul l'homme dénué d'âme en sent le poids et l'entrave. Wer recht viel Geist hat, den hemmen Schranken und Unterschiede nicht ; sie reizen ihn vielmehr. Nur der Geistlose fühlt Last und Hemmung. Foi et amour Sima Qian vers 145-vers 86 avant J.-C. L'esprit est le principe de la vie, la matière en est l'élément fondamental. Traduction D. Tsan Sima Qian vers 145-vers 86 avant J.-C. Si l'on ne commence pas par assurer l'équilibre de son esprit, comment gouverner le monde ? Traduction D. Tsan John Steinbeck Salinas, Californie, 1902-New York 1968 L'esprit libre et curieux de l'homme est ce qui a le plus de prix au monde. The free, exploring mind of the individual human is the most valuable thing in the world. À l'est d'Eden, 13 Anton Pavlovitch Tchekhov Taganrog 1860-Badenweiler, Allemagne, 1904 Dans tout l'univers ne reste immuable que l'esprit. La Mouette, I, Nina esprit (expressions) nom masculin (latin spiritus, souffle) Avoir bon esprit, être dans de bonnes dispositions envers les autres ; se soumettre volontiers aux conditions imposées ; interpréter les choses d'une manière positive. Avoir de l'esprit jusqu'au bout des ongles, comme quatre, être très spirituel. Avoir l'esprit à, être dans des dispositions propices pour : Je n'ai pas l'esprit à rire. Avoir l'esprit ailleurs, être distrait, penser à autre chose. Avoir l'esprit large, étroit, être libéral, ouvert, sans préjugés ou sectaire, sans générosité. Avoir mauvais esprit, avoir tendance à juger les autres avec malveillance, à ne pas accepter la règle commune ; interpréter les choses d'une manière négative. Bel esprit, personne qui cherche avec affectation à se montrer spirituelle. Dans mon esprit, selon mon point de vue. Dans un esprit de, dans l'intention, le but de : Dans un esprit de vengeance. En esprit, en pensée, en imagination. Esprit faux, personne qui raisonne mal. Esprit fort, personne qui brave les idées reçues, l'opinion commune. État d'esprit, dispositions, opinion à l'égard de quelqu'un ou de quelque chose. Faire de l'esprit, saisir avec affectation l'occasion de se montrer spirituel. Homme, femme d'esprit, personne cultivée, intelligente, qui sait parfaitement adapter sa conduite aux circonstances. L'esprit divin, Dieu. L'esprit du temps, de l'époque, la mentalité de cette époque. Mauvais esprit, individu indiscipliné, non conformiste, élément de trouble dans une collectivité. Mot d'esprit, trait d'esprit, pensée, remarque fine, ingénieuse, brillante. Où ai-je l'esprit ?, formule de politesse pour s'excuser d'un oubli, d'une inattention. Pauvre d'esprit, simple d'esprit, personne peu intelligente sinon débile mental. Perdre l'esprit, perdre la raison, devenir fou. Perdre ses esprits, être en proie à un grand trouble ; s'évanouir. Pur esprit, personne qui se veut en dehors de toute contingence matérielle. Littéraire. Rendre l'esprit, mourir. Reprendre ses esprits, se remettre d'un grand trouble ou d'un évanouissement. Sans esprit de retour, sans désir de revenir à un état antérieur ; définitivement. Esprits bienheureux, les âmes des saints. Esprits célestes, les anges. Esprit malin, esprit des ténèbres, le démon. Esprit saint, synonyme de Saint-Esprit. ● esprit (synonymes) nom masculin (latin spiritus, souffle) Partie incorporelle de l'être humain, par opposition au corps, à la...
Synonymes :
- moi
- pensée
Contraires :
- matière
Être immatériel, revenant, fantôme, qui est supposé se manifester sur...
Synonymes :
- fantôme
Principe de la vie psychique, intellectuelle ; capacités intellectuelles, intelligence
Synonymes :
- compréhension
Siège de la pensée, des idées
Synonymes :
- tête
Manière originale, ingénieuse, d'envisager les choses ; humour, ironie
Synonymes :
Contraires :
- grossièreté
Théologie. Esprit saint
Synonymes :

esprit
n. m.
rI./r
d1./d Substance incorporelle consciente d'elle-même. Dieu est un pur esprit. Le Saint-Esprit.
|| Esprit malin, esprit des ténèbres: Satan.
d2./d Litt. âme. Rendre l'esprit: mourir.
d3./d être désincarné (lutin, revenant, etc.). Croire aux esprits. Esprits protecteurs.
d4./d Souffle, inspiration divine. Dieu répandit sur eux son esprit.
rII./r
d1./d Ensemble des facultés intellectuelles et psychiques. Cultiver son esprit. Présence d'esprit. état d'esprit. Simple d'esprit.
Loc. Perdre l'esprit: devenir fou.
|| En esprit: mentalement.
|| Imagination, pensée. Vue de l'esprit.
|| Attention. Cela m'est sorti de l'esprit.
|| Personne, considérée en tant qu'être pensant. Un bel esprit. Un esprit fort.
d2./d Manière de penser, de se comporter. Avoir l'esprit large, étroit. Avoir l'esprit mal tourné.
|| Disposition, aptitude intellectuelle. Avoir l'esprit de suite, l'esprit d'à-propos, l'esprit critique.
d3./d Sens profond, intention. La lettre et l'esprit: la forme et le fond. "De l'esprit des lois", de Montesquieu.
d4./d Finesse intellectuelle; humour. Avoir de l'esprit. Faire de l'esprit.
|| D'esprit: spirituel, brillant. Homme, femme d'esprit.

⇒ESPRIT, subst. masc.
1re Section
I.— Souffle.
A.— [En partic. chez les Anciens] Vx. Souffle vital, principe de vie. Esprit de vie, esprit vital :
1. L'esprit de vie souffle partout et dans les degrés où il veut; c'est lui qui produit et entretient tous les mouvements de l'univers, qui sent dans les animaux, agit et pense en nous; suivant que cet esprit de vie souffle plus ou moins en nous, nous sommes des génies ou des automates, forts ou faibles, courageux ou timides, etc... La volonté n'y peut rien.
MAINE DE BIRAN, Journal, 1818, p. 154.
Vieilli. Rendre l'esprit. Mourir. Synon. rendre l'âme, rendre le dernier soupir. Aphrodisia ferma les yeux. (...) Un sourire inexprimable allongea ses paupières bleues, et dans un soupir elle rendit l'esprit (, Aphrodite, 1896, p. 160) :
2. ... les maîtres de la scène actuelle estiment à livres, sous et deniers, ce que tel de leurs contemporains pourra leur valoir le jour où il aura rendu l'esprit.
JOUY, Hermite, t. 5, 1814, p. 291.
Spéc., GRAMM. GR. ,,Souffle caractéristique d'une certaine prononciation de l'initiale vocalique (...)`` (MAR. Lex. 1933).
Esprit dur, esprit rude. Attaque aspirée de l'initiale vocalique. Je ne peux pas, par respect pour le lecteur français, écrire Hannibal et Hamilcar sans h, puisqu'il y a un esprit rude sur l'alpha (FLAUB., Corresp., 1862, p. 60). Esprit doux. Attaque non aspirée de l'initiale vocalique.
P. méton. Signe [esprit doux (ʾ), esprit rude (ʿ)] qui indique ce mode de prononciation. En français, l'esprit rude grec est transcrit en général par un h (Ling. 1972).
B.— [Terme biblique]
1. ANCIEN TESTAMENT. Souffle provenant de Dieu, en particulier souffle créateur, action créatrice et bienfaisante de Dieu. Ce saint Georges plein de feu, de matérialité, est l'âme de tout, son souffle vivifie tout. Le vent de l'esprit passe sur lui (MICHELET, Chemins Europe, 1874, p. 237) :
3. Veni Creator Spiritus! Cet esprit en qui Dieu a créé le monde en soufflant dessus, (...) il n'a pas cessé de passer sur nous, et c'est le grand Alizé qui, depuis le jour de la Pentecôte, gonfle les voiles de l'Église.
CLAUDEL, Poète regarde Croix, 1938, p. 253.
P. ext. Les odes des grands lyriques furent écrites sans retour, à la vitesse de la voix du délire et du vent de l'esprit soufflant en tempête (VALÉRY, Variété V, 1944, p. 159) :
4. Barrès parlait des « lieux où souffle l'esprit ». Je ne crois pas qu'il en eût imaginé aucun l'esprit soufflât davantage qu'en l'Université d'Oxford.
DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p. 565.
Rem. De tels emplois dérivent d'un passage de l'Évangile selon saint Jean (III, 8), littéralement : « l'Esprit souffle où il veut ». Il est ordinairement fait allusion à ce passage pour signifier que l'intelligence est une faculté inégalement répartie.
Au fig. Inspiration d'origine divine. Je vous jure que l'esprit m'inspire ceci! (...) Je vous vois! Je vois périr votre âme! (BERNANOS, Imposture, 1927, p. 356) :
5. ... poussé d'ailleurs par l'esprit prophétique qui lui montroit d'avance la célébrité de la parole et la puissance évangélique, David ne cesse de s'adresser au genre humain et de l'appeler tout entier à la vérité.
J. DE MAISTRE, Soirées St-Pétersb., t. 2, 1821, p. 71.
Chercher l'esprit. ,,(...) se disait, entre les puritains, d'un recueillement mental de dévotion où l'on attendait quelque inspiration du Seigneur`` (LITTRÉ).
P. anal. Choulette, (...) parut, joyeux et comme plein de l'esprit d'un dieu (FRANCE, Lys rouge, 1894, p. 201).
2. NOUVEAU TESTAMENT, THÉOL. CATH. et PROTESTANTE. Saint(-)Esprit ou Esprit(-)Saint ou, absol., Esprit. Troisième personne de la Sainte Trinité, procédant du Père et du Fils. Esprit vivifiant, consolateur. L'Esprit Saint descendit sur les apôtres, pour leur infuser le don des langues (SAINT-MARTIN, Homme désir, 1790, p. 407) :
6. ... quand vient la saison favorable où souffle l'Esprit Saint, il faut savoir tirer parti de ce vent céleste et lever l'ancre à temps...
JANKÉL., Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 124.
Jour du Saint-Esprit. Dimanche de la Pentecôte.
P. méton. Représentation du Saint-Esprit. Elles étaient vêtues de bleu avec un bonnet blanc et un saint-esprit de vermeil ou de cuivre fixé sur la poitrine (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 584). Il l'obligeait (...) à porter au col, le dimanche, le saint-esprit d'or rouge enrichi de grenats (POURRAT, Gaspard, 1922, p. 188).
Rem. 1. Pour COLIN 1971, ,,(...) Esprit saint, variante de Saint-Esprit, (...) ne prend pas de trait d'union``. 2. La religion orthodoxe admet aussi l'existence du Saint-Esprit, mais refuse qu'il procède du Père et du Fils (querelle du filioque).
II.— P. anal. Substance, émanation de certains corps comparables, par leur subtilité, au vent, au souffle de la respiration, à une flamme.
A.— Au sing. ou au plur.
1. Essence, vapeur subtile; émanation odorante. Dans le temps des amours, les mâles et les femelles (...) se reconnaissent de loin, par l'intermède des esprits exhalés de leurs corps (CABANIS, Rapp. phys. et mor., t. 2, 1808, p. 339). Ce peu de miel où notre nez grossier ne distingue rien, il en émane un esprit subtil qui remplit le ciel et la mer (CLAUDEL, Rempart Ath., 1927, p. 1128) :
7. Dieu propice, ô Bacchus! toi, dont les flots divins
Versent le doux oubli de ces maux qu'on adore;
Toi, devant qui l'amour s'enfuit et s'évapore,
Comme de ce cristal aux mobiles éclairs
Tes esprits odorants s'exhalent dans les airs.
CHÉNIER, Élégies, 1794, p. 75.
2. CHIM., PHARM., vx. Substance liquide volatile obtenue par distillation. Il (...) les [des bouteilles] divisa en deux séries : celle des parfums simples, c'est-à-dire des extraits ou des esprits, et celle des parfums composés (HUYSMANS, À rebours, 1884, p. 149).
Esprits parfumés. ,,(...) alcoolats employés en parfumerie, et surtout pour la fabrication des liqueurs : esprit ou alcoolat de fleur d'oranger, de lavande, etc.`` (Lar. mén. 1926).
Esprit (-) de (-) bois. ,,Syn. d'alcool méthylique`` (Méd. Biol. t. 2 1971). Du ragoût de la veille qu'elle réchaufferait à l'atelier sur sa lampe à esprit de bois (HUYSMANS, Sœurs Vatard, 1879, p. 59). Esprit (-) de (-) sel. Acide chlorhydrique. Esprit (-) de (-) soufre. ,,Syn. désuet d'anhydride sulfureux`` (Méd. Biol. t. 2, 1971). Esprit (-) de (-) vitriol. ,,Syn. d'acide sulfureux`` (Méd. Biol. t. 2, 1971). On calmera les hémorragies par l'usage de quelque acide minéral, comme l'esprit de vitriol dulcifié (GEOFFROY, Méd. prat., 1800, p. 461).
Esprit volatil (d'une substance animale). Sous-carbonate d'ammoniaque obtenu par distillation de cette substance (cf. NYSTEN 1814 et 1824 et GEOFFROY, Méd. prat., 1800, p. 493).
Esprit-de-vin. Alcool éthylique. Esprit ardent. Alcool très rectifié (cf. LITTRÉ-ROBIN 1858 et 1865).
Absol. et au plur. Les esprits. Les liqueurs alcooliques (Ac. 1878-1932).
Esprits ou eaux spiritueuses. ,,(...) alcools chargés, par la distillation de substances aromatiques, de principes médicamenteux, de drogues simples, etc.`` (BOUILLET 1859).
P. plaisant. :
8. ... l'ivresse du mouvement, la chaleur communicative de l'air, les esprits cachés dans les boissons les plus innocentes ont amolli les callosités des vieilles femmes qui, par complaisance, entrent dans les quadrilles et se prêtent à la folie d'un moment...
BALZAC, C. Birotteau, 1837, p. 216.
B.— Au plur.
1. HIST. DE LA PSYCHO-PHYSIOL. Esprits. Éléments d'une matière très subtile, légère, chaude, mobile et invisible, considérés comme les agents de la vie et du sentiment qu'ils portent dans les différentes parties du corps qu'ils animent. La perte, la dissipation des esprits (Ac. 1878-1932).
En partic. Esprits vitaux, animaux. Me relevant de toute ma hauteur, je me roidis pour rappeler dans mes membres engourdis les esprits animaux (DUSAULX, Voy. Barège, t. 1, 1796, p. 133). Il est en nage et hors de lui après chaque discours; (...) il est épuisé comme après une dépense prodigieuse d'esprits électriques et vitaux (SAINTE-BEUVE, Poisons, 1869, p. 95) :
9. Mais tous mes esprits animaux sont désordonnés. Une haine les transporte d'un bout à l'autre de mon individu. Je voudrais tenir et punir, — et il faut rester sur sa chaise...
VALÉRY, Corresp. [avec Gide], 1898, p. 316.
2. Emplois, expr. et loc. (issus de cette théorie et encore plus ou moins usités) [Le plus souvent avec le poss.]
a) [Ces esprits en tant que principe de l'activité physique et psychique]
La peur glace les esprits (Ac. 1878-1932). La peur paralyse, fige.
Perdre ses esprits. [Au plan physique] Perdre connaissance, s'évanouir. [Au plan psychique] Être très troublé par quelque violente émotion. Reprendre ses esprits. [Au plan physique] Reprendre connaissance, revenir à soi. Recouvrer ses esprits. Il est évanoui; jetez-lui de l'eau, afin de lui faire revenir les esprits (Ac. 1878). Regardons si cette bonne Isabelle est grièvement navrée; mais non, la voici qui rouvre l'œil et reprend ses esprits (GAUTIER, Fracasse, 1863, p. 164). [Au plan psychique]. Se reprendre, se remettre, se ressaisir après quelque violente émotion. Apaisez-vous, monsieur, et reprenez vos esprits et veuillez me dire en ordre et posément ce que vous avez à me marquer (CLAUDEL, Soulier, 1944, 4e journée, 4, p. 871) :
10. ... je fus tellement ahuri de cette apparition quasi-fantastique, que le prince Cernuwicz eut le temps de me saluer à son tour et de se nommer avant que j'eusse bien recouvré mes esprits.
FARRÈRE, Homme qui assass., 1907, p. 62.
b) [Ces esprits en tant que principe de la vie affective et de la vie spirituelle] Esprits inquiets; esprits incertains qui s'adoucissent. La flûte dont il avoit coutume de jouer pour ranimer ses esprits abattus (STAËL, Allemagne, t. 3, 1810, p. 135). Et je laissais flotter, au bord des flots assis, Dans le doute et l'effroi mes esprits indécis (LECONTE DE LISLE, Poèmes ant., 1852, p. 279).
c) [Ces esprits en tant que principe de la vie intellectuelle] Esprits trop lents. Une grave occupation (...) (la licence ès lettres à préparer en vue du doctorat) va donner une direction différente à mes esprits (MALLARMÉ, Corresp., 1869, p. 314) :
11. ... j'aurais pu augurer le mouvement et le fracas de l'ouvrage qui devait me faire un nom, aux bouillonnements de mes esprits et aux palpitations de la muse.
CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 494.
III.— P. ext., PHILOS., RELIG. Principe immatériel.
A.— [P. oppos. à la matière, à la substance corporelle; en partic. dans la relig. chrét., en parlant de Dieu ou de l'âme de l'homme — faite à l'image de Dieu — en tant que principe de vie qui anime le corps et en tant que principe de la vie surnaturelle] Substance incorporelle. La divinité fit couler un souffle de sa vie dans l'univers, et en composa un troisième principe mixte, à la fois esprit et matière, appelé l'âme du monde (CHATEAUBR., Essai Révol., t. 2, 1797, p. 222) :
12. Ajoutons à cela que le dieu chrétien est esprit, que l'homme ne peut donc s'unir à Dieu que par l'esprit et qu'en effet c'est bien en esprit et en vérité que Dieu veut être adoré.
GILSON, Espr. philos. médiév., 1931, p. 173.
En partic., dans un cont. relig. [P. oppos. à la chair (ou au corps), symbole de l'homme déchu, principe de l'activité instinctive considérée d'un ordre de perfection inférieur à celui de l'âme, ou esprit, principe des aspirations élevées] L'esprit est plus noble que le corps. Marchez selon l'esprit et non selon la chair. Les fruits de la chair sont l'adultère, l'impureté, etc., et les fruits de l'esprit sont la charité, la tempérance, la joie, la paix, etc. (Ac.). Le père du Verbe, source de tout esprit et dont la chair est l'ennemie (FLAUB., Tentation, 1856, p. 515) :
13. L'abbé Boutarel l'avait mise en garde (...) : à perdre ainsi la messe et les sacrements, elle risquait de succomber un jour aux tentations : on se croit tout esprit et soudain on se voit tout chair.
POURRAT, Gaspard, 1925, p. 218.
Expr., loc. dans le lang. théol. ou mystique. En esprit. Spirituellement. Être ravi en esprit. ,,Avoir une vision qui transporte l'âme dans les régions célestes`` (LITTRÉ). En esprit et en vérité. Le temps est venu où l'on n'adorera le Père ni sur cette montagne ni à Jérusalem, mais en esprit et en vérité (RENAN, Avenir sc., 1890, p. 474). Cf. aussi supra ex. 12.
♦ [Allus. biblique]
) [Saint Matthieu, V, 3] Heureux/bienheureux les pauvres en esprit (les pauvres/simples d'esprit). Ceux qui, acceptant ou choisissant de vivre dans une pauvreté qu'ils assument pleinement dans l'esprit de renonciation de l'Évangile, sont aimés de Dieu. Bienheureux les simples d'esprit, dit l'Écriture. Ils ont l'illusion du bonheur. Ils ne sentent pas, ceux-là, notre misère solitaire (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Solitude, 1884, p. 924).
) L'esprit est prompt mais la chair est faible.
Spéc. Esprits bienheureux. Âmes des saints qui jouissent, au Paradis, du bonheur éternel. Toute lumière ruisselle du sein de la divinité pour éclairer les contemplations des esprits bienheureux (OZANAM, Philos. Dante, 1838, p. 224).
Rem. Se dit aussi des anges. Cf. infra B 2 a.
[Dans le même sens] Esprits immortels. Le ricanement de l'orgie a pris la place des larmes saintes des esprits immortels (QUINET, All. Ital., 1836, p. 115).
P. méton. L'homme, étant esprit, doit se retirer des choses mortelles. Toute action le dégrade. Je voudrais ne pas tenir à la terre, — même par la plante de mes pieds! (FLAUB., Tentation, 1874, p. 42).
B.— Être incorporel conscient de lui-même, de son existence, et doué d'une vie psychique, en particulier d'intelligence et de volonté. Pur esprit. Un souffle vague émeut les sphères vagabondes, Mais nul esprit n'existe en ces immensités (NERVAL, Chimères, 1854, p. 706) :
14. Il [Dieu] connaissait toutes les choses à sa façon, c'est-à-dire absolument : mais il me semblait que, d'une certaine manière, il avait besoin de mes yeux pour que les arbres aient des couleurs. La brûlure du soleil, la fraîcheur de la rosée, comment un pur esprit les eût-il éprouvées, sinon à travers mon corps?
BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 127.
Pur esprit (au fig. et fam.). Être humain qui n'est pas soumis à certaines contingences d'ordre physique ou matériel, ou qui affecte de ne pas l'être. — Enfin (...) vous n'avez pas l'air d'un pur esprit. — J'en suis pourtant un (...) Plusieurs Pères (...) ont pensé que les anges ne sont pas purement spirituels (FRANCE, Révolte anges, 1914, p. 103). Il est difficile d'être un pur esprit et de nourrir de pures amitiés (DUHAMEL, Maîtres, 1937, p. 151).
1. Divinité. Céluta pria donc. Tantôt elle demandoit des conseils au grand esprit des Indiens, tantôt elle s'adressoit au grand esprit des Blancs (CHATEAUBR., Natchez, 1826, p. 462) :
15. Qui suis-je? Réponds-moi, Raison des Origines!
(...)
Parle, fixe à jamais mes vœux irrésolus,
Afin que je m'oublie et que je ne sois plus,
Et que la vérité m'absorbe et me consume. —
Il se tut, et l'Esprit suprême, l'Être pur,
Fixa sur lui ses yeux d'où naissent les Aurores...
LECONTE DE : LISLE, Poèmes ant., 1874, p. 61.
[Dans le monothéisme judéo-chrétien; gén. avec une majuscule] L'Esprit; Esprit incréé, créateur, éternel, divin. Dieu. Tu vois les diverses passions des hommes, (...) tu pénètres toutes ces misères, ô Esprit créateur! (CHATEAUBR., Martyrs, t. 2, 1810, p. 142). Esprit divin qui régnez dans les anges et dans les saints du ciel, je vous adore de tout mon cœur (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 462).
Péché/pécher contre l'Esprit/le Saint-Esprit. Mopse prétend pécher contre l'Esprit : c'est être Bien fat. Pour L'offenser, il faudrait Le connaître (TOULET, Contrerimes, 1920, p. 127).
Rem. P. allus. à Matth. 12, 31 : ,,Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera point pardonné. Quiconque parlera contre le Fils de l'homme, il lui sera pardonné; mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir``; et à Marc 3, 29 : ,,(...) mais quiconque blasphémera contre le Saint-Esprit n'obtiendra jamais de pardon : il est coupable d'un péché éternel``.
2. Être incorporel inférieur à la divinité, unique ou principale, mais supérieur à l'homme.
a) [Dans le monothéisme judéo-chrétien] Synon. de ange.
) [Cet être incorporel est de nature bienfaisante, il est au service de Dieu et il joue le rôle d'intermédiaire entre Dieu et les hommes] Esprits célestes, angéliques, bienfaisants, bienheureux, etc. :
16. Marguerite retira l'anneau de son doigt, et le donna au pauvre.
L'étranger poussa un cri de rage, — et étendit la main vers la jeune fille.
Mais le pauvre, qui n'était autre que l'ange gardien de Marguerite, métamorphosé, — la couvrit de ses ailes.
Et Satan, venu pour la tenter, recula devant l'esprit céleste...
MURGER, Nuits hiver, 1861, p. 245.
) [Cet être incorporel est de nature malfaisante]
L'esprit du Mal, l'esprit malin (ou malin esprit) l'esprit mauvais, immonde; l'esprit tentateur, l'esprit des ténèbres... Le diable, le démon, Satan. Le saint évêque reconnut le malin esprit. Il fit le signe de la croix et aussitôt le petit diable (...) éclata avec un bruit horrible (FRANCE, Mir. Gd St Nic., 1909, p. 70) :
17. Comme vous ne croyez pas en Dieu, vous ne croyez pas non plus à Satan; vous n'avez fait aucun pacte avec l'esprit du mal, car rien n'est mal, comme rien n'est bien à vos yeux.
SAND, Lélia, 1839, p. 524.
P. ext. Malin esprit, esprit du démon. Inspiration provenant de Satan. Être possédé du malin esprit. ,,Ce n'est point l'esprit de Dieu qui agit en lui, c'est l'esprit du démon`` (Ac.). Il est animé par l'esprit du démon (LITTRÉ). N'avons-nous pas aussi nos exorcistes, qui chassent le malin esprit du corps des possédés (DUPUIS, Orig. cultes, 1796, p. 431).
Esprit de l'abîme, des ténèbres; esprit infernal, immonde... Mauvais ange, ange déchu, démon. Calme, il [Jésus] forçait l'essaim invisible et hideux Des noirs esprits du mal, rois des ténébreux mondes (HUGO, Fin Satan, 1885, p. 815).
b) [Dans les croyances ou relig. polythéistes] Être incorporel inférieur aux dieux principaux, supérieur à l'homme, représentant selon les cas la puissance immanente à certains phénomènes naturels, ou certains objets, certains animaux, certains défunts, etc., et auquel on attribue une influence sur la destinée des hommes; divinité, dieu secondaire. De puissance malfaisante et redoutée, le mort devient un esprit tutélaire prié avec respect et vénération (Philos., Relig., 1957, p. 3207) :
18. Il a sans doute fallu bien du temps, chez les Grecs, pour que l'esprit de la source devînt une nymphe gracieuse et celui du bois une hamadryade. Primitivement, l'esprit de la source n'a dû être que la source même, en tant que bienfaitrice de l'homme. Plus précisément, il était cette action bienfaisante, dans ce qu'elle a de permanent.
BERGSON, Deux sources, 1932, p. 189.
3. P. ext. Être imaginaire, légendaire, le plus souvent inspiré du paganisme, des mythologies, des croyances magiques.
a) Esprit familier. Génie supposé attaché à une personne pour l'inspirer et la guider. On a dit que Socrate avait un esprit familier (Ac.) :
19. De Cellini moderne émule,
Quand j'entre dans ton atelier,
Je crois visiter la cellule
Où Faust, Flamel et Raimond Lulle
Avaient leur esprit familier.
POMMIER, Océanides, 1839, p. 101.
b) Esprit follet. Lutin supposé attaché à une personne ou une maison et que la croyance populaire considère plus rusé que malveillant. On prétendait qu'il y avait dans cette maison un esprit follet (Ac.). Esprit du feu. Esprit supposé habiter l'intérieur igné de la terre par les adeptes moyenâgeux de la magie qui lui donnèrent le nom de la salamandre à laquelle on attribuait alors la faculté de vivre dans le feu.
4. Spéc., SPIRITISME. Âme des défunts désincarnée après la mort sans être devenue tout à fait immatérielle et qui se manifeste auprès des vivants, leur parle, leur apparaît. Croire aux esprits; craindre, évoquer, interroger les esprits. Esprit es-tu là? On leur dit qu'il revenait des esprits dans cette maison-là. Avoir peur des esprits (Ac.). Une masure visitée par la mort et hantée des esprits (GAUTIER, Fracasse, 1863, p. 50) :
20. Enfin, après plus de quarante minutes d'attente, M. Mouillard demanda de la voix qui convenait :
Esprit de Lénine, es-tu là?
Qui sont ces deux nouveaux camarades? répondit une voix presque masculine, imitant assez bien l'accent des chauffeurs de taxi sarmates.
QUENEAU, Odile, Paris, Gallimard, 1937, p. 94.
Esprits frappeurs. Âmes des morts qui manifestent leur présence et expriment leurs volontés en frappant un certain nombre de coups. À première vue, les tables tournantes, les esprits frappeurs ne semblent pas fournir un sujet bien intéressant d'étude (FRANCE, Vie littér., t. 3, 1891, p. 144).
2e Section
I.— Principe de la pensée et de l'activité réfléchie de l'homme.
A.— [Dans un sens impersonnel; p. oppos. à la réalité pensée, à l'objet de la connaissance] La substance pensante, la réalité pensante, sujet de la connaissance. Une idée n'existe pas en soi, elle existe en tant qu'elle est pensée dans un esprit (BARRÈS, Cahiers, t. 13, 1920-22, p. 62). Comprendre c'est unifier, et notre esprit est tel qu'il ne peut connaître sans systématiser (LACROIX, Marxisme, existent., personn., 1949, p. 52) :
21. L'esprit et le corps forment les deux pôles opposés et absolument contraires, l'esprit étant le divin impersonnel qui est en nous, le corps tout ce qui, dans notre être, est perceptible aux sens.
BÉGUIN, Âme romant., 1939, p. 92.
Loc. Vue de l'esprit. Conception abstraite et toute théorique ne s'appuyant pas suffisamment sur le réel. C'est là l'origine commune des systèmes ou des doctrines médicales qui donnent toujours une prépondérance aux explications, aux vues de l'esprit, aux dépens de la réalité des faits (BERNARD, Princ. méd. exp., 1878, p. 57).
[P. oppos. à la matière, objet de la pensée] L'esprit s'approprie la matière, la monte à son niveau, l'annihile par abstraction (FLAUB., Tentation, 1849, p. 418) :
22. ... en séparant l'homme de la nature et l'esprit de la matière, on finit toujours par creuser à l'intérieur de l'homme et de l'esprit eux-mêmes des failles et des abîmes nouveaux.
VUILLEMIN, Essai signif. mort, 1949, p. 241.
[P. oppos. à l'âme] :
23. ... la question se pose de savoir quelle est la relation de l'âme aux idées (l'âme étant conventionnellement définie comme sujet de ce devenir, de cette création de soi qui est l'esprit; l'âme serait en quelque sorte la matière de l'esprit, ce que l'esprit trouve en soi). L'âme apparaît ici comme la base du vouloir, l'esprit comme l'unité transcendante et achevée du vouloir...
MARCEL, Journal, 1914, p. 120.
SYNT. Éveil, développement, évolution, progrès de l'esprit (humain); étude, connaissance de l'esprit; besoin, exigences, facultés, grandeur, dignité de l'esprit; assujettissement, émancipation, liberté de l'esprit; structure, organisation, constitution, complexité de l'esprit humain; fonctionnement, activité, travail, gymnastique, démarche de l'esprit; propriété, aptitude, capacité de l'esprit; domaine, champ, limitation, limites, bornes de l'esprit; produit, production, chef-d'œuvre, monument, création, conquête de l'esprit; les choses de l'esprit; l'esprit procède par déduction, opère par abstraction; pure conception, création, construction de l'esprit; pur jeu de l'esprit; ce n'est qu'une abstraction de l'esprit.
B.— 1. Principe de la vie psychique; ensemble des facultés psychologiques tant affectives qu'intellectuelles. J'ai l'esprit plein de tristesse (CHAMPFL., Souffr. profess. Delteil, 1855, p. 104). Il lui suffisait d'une bonne amitié; elle avait des sens tranquilles et un esprit affectueux (ROLLAND, J.-Chr., Matin, 1904, p. 183) :
24. ... j'étais dans un état de stupeur en quelque sorte mécanique qui, me laissant l'esprit libre de toute émotion, mettait entre ma conscience et moi comme une barrière.
DANIEL-ROPS, Mort, 1934, p. 340.
SYNT. a) Liberté, calme, sérénité, tranquillité d'esprit; fraîcheur d'esprit; inquiétude, tourments d'esprit; esprit aimable, agréable, doux, paisible, tolérant, compréhensif; esprit primesautier, enjoué; esprit incertain, timide, timoré, changeant; esprit audacieux, aventurier; esprit désenchanté, aigri, ombrageux, soupçonneux, belliqueux, impatient; esprit souple, facile; esprit tranchant, entier, froid, inquiet; esprit sombre, tourmenté; esprit abattu; esprit porté à s'assombrir, agité de mille craintes; alarmer, attrister, agiter, calmer l'esprit; avoir l'esprit plein de tristesse; avoir l'esprit calme, dispos; avoir l'esprit préoccupé; ne pas avoir l'esprit tranquille; avoir, mettre l'esprit en repos, en fête; laisser l'esprit libre de toute émotion; laisser dans l'esprit une impression triste; se torturer l'esprit; garder l'esprit libre; mettre une crainte dans l'esprit de qqn; remplir l'esprit de qqn d'étonnement, d'effroi; frapper l'esprit de qqn de terreur; jeter le désarroi dans l'esprit de qqn; lire, pénétrer dans l'esprit de qqn; esprit qui s'agite; impression qui traverse l'esprit; soupçon, inquiétude qui s'empare de l'esprit. b) Santé, pathologie, psychologie de l'esprit; désordre, dérangement, égarement de l'esprit; esprit sain et reposé; esprit fatigué et malade; esprit en délire; esprit aliéné; (être) sain de corps et d'esprit; perdre l'esprit; avoir l'esprit dérangé, égaré, troublé; esprit qui bat la campagne; esprit malade qui chavire.
Locutions
Disposition, état d'esprit. Manière d'être, à un certain moment, qui détermine une façon de voir les choses et de se comporter. Une manière vive de sentir n'est pas compatible avec cette disposition d'esprit et de l'ame qu'on appelle gaieté (SÉNAC DE MEILHAN, Émigré, 1797, p. 1886). La variété « riche amateur » est plutôt un état d'esprit qu'un fait social économique (LARBAUD, Journal, 1935, p. 350). Laulerque rappela en deux mots par quels états d'esprit il était passé durant des années qui avaient précédé la guerre (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1939, p. 151).
Tour, tournure, forme d'esprit. Manière d'envisager les choses, d'agir et d'être, caractéristique d'une personne. Il est une satisfaction, une joie de tempérament qui s'allie quelquefois avec une tournure d'esprit inquiet et des idées sombres (MAINE DE BIRAN, Journal, 1820, p. 289) :
25. — Mais enfin, qu'y a-t-il de commun entre vous et un ouvrier?
— Les différences sont en effet sensibles, moins fortes toutefois qu'entre le tour d'esprit d'un fonctionnaire, par exemple, et le mien.
BARRÈS, Jard. Bérén., 1891, p. 143.
Présence d'esprit. Promptitude à agir, à parler avec à-propos. Tisselin eut seul la présence d'esprit de fermer la pièce qui précédait le salon et d'en emporter la clef (PÉLADAN, Vice supr., 1884, p. 302). Ah! son trouble, ce manque de présence d'esprit, ce désarroi! Il me fit pitié (DANIEL-ROPS, Mort, 1934, p. 337).
Vieilli. En esprit, d'esprit. Par la pensée, par l'imagination. Je fus transporté en esprit dans les temps anciens (LAMENNAIS, Paroles croyant, 1834, p. 84). Marché-je comme le bourgeois attardé qui d'esprit goûte la soupe déjà et le cercle habituel de visages et se réjouit de son feu? (CLAUDEL, Tête d'Or, 1890, 1re part., p. 39).
Vx. État d'âme passager, humeur momentanée, disposition intérieure particulière. Changer d'esprit. Ne te dirai-je pas : Prends un esprit plus doux? Vois : cette paix. Respire. Une parfaite tranquillité est commune, au grand ciel et à la terre (CLAUDEL, Ville, 1893, I, p. 309).
Avoir/ne pas avoir l'esprit à ... Être/ne pas être dans de bonnes dispositions pour... Et je vous voyais peindre et le voyais Maman Vous n'aviez pas l'esprit à ce bouquet de fleurs (ARAGON, Rom. inach., 1956, p. 27).
Se mettre dans l'esprit de + inf. Prendre la décision bien arrêtée de + inf. (cf. se mettre en tête de...). Un vieil agoyate se mit dans l'esprit de le rejoindre (ABOUT, Grèce, 1854, p. 142). Se mettre bien dans l'esprit de qqn. Lui donner une bonne opinion de soi. Être bien dans l'esprit de qqn; rester au mieux dans l'esprit de qqn. Quoiqu'une pareille demande fût contre les principes de la mère, j'étais encore si bien dans son esprit, que j'osai la faire, et qu'elle me fut accordée (RESTIF DE LA BRET., M. Nicolas, 1796, p. 70). Perdre qqn dans l'esprit de qqn. Faire perdre à quelqu'un la confiance, l'estime de quelqu'un. Madame Aquet employait tous les moyens pour perdre le fils dans l'esprit de son père (CHAMPFL., Avent. Mlle Mariette, 1853, p. 114). Monter l'esprit de qqn contre qqn. Lui inspirer de l'animosité contre quelqu'un :
26. De ce moment, le procès Dreyfus ne signifie plus rien, sinon qu'on veut monter l'esprit des jurés contre Zola et le faire condamner à toute peine qu'il plaira...
CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p. 20.
[L'esprit considéré d'un point de vue moral] Les cravates vert-pomme d'Arcangeli, son esprit bas, étroit, mesquin, et qui puait par trop, (...) commençaient à fatiguer le duc (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 153) :
27. Procure-toi le numéro de la Revue des deux mondes du 1er décembre. Tu y liras un article de Renan que je trouve incomparable comme élévation d'esprit et hauteur morale.
FLAUB., Corresp., 1876, p. 372.
SYNT. Grandeur, noblesse d'esprit; force, faiblesse d'esprit; largeur, étroitesse d'esprit; bassesse d'esprit; esprit élevé, noble, généreux; esprit fort; esprit courageux, bien trempé, lâche; esprit large, étroit; esprit frivole; esprit retors, méchant; esprit dégradé, avili; avoir l'esprit large; être d'esprit large.
2. [Par restriction de sens] Intention, point de vue particulier déterminant une attitude, une action ponctuelle. Tel est l'esprit que j'ai porté dans cette discussion : j'ai mieux aimé la traiter sous ce point de vue (ROBESP., Discours, Sur la guerre, t. 8, 1792, p. 98).
Dans un esprit de + subst. Avec une idée de..., dans une intention de..., dans un but de... Dans un esprit de + adj. Dans une intention..., d'un point de vue... Il écrivit, dans un esprit satirique, cet opéra où Walpole et ses ministres figurent, déguisés en bandits et en vagabonds (MORAND, Londres, 1933, p. 95). — Tu vois dans quel esprit impersonnel je tâche de t'expliquer ça (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p. 212).
C'est dans cet esprit que... C'est sous cet angle, dans cette perspective, de ce point de vue que... :
28. On sentira que ce n'est pas assez qu'une idée soit bonne, mais qu'il faut encore qu'elle soit exprimée avec clarté pour être facilement comprise et avec charme pour être généralement adoptée. C'est dans cet esprit qu'il faut commencer la lecture des ouvrages de belles-lettres.
LACLOS, Éduc. femmes, 1803, p. 475.
3. [L'accent est mis sur une faculté en partic.]
a) Mémoire. Avoir l'esprit en proie à mille souvenirs; éveiller, réveiller des souvenirs dans l'esprit; laisser une trace dans l'esprit; souvenirs, pensées qui reviennent à l'esprit. La figure hagarde des Verlaine, des Villiers, et autres épaves est toujours restée gravée pour moi dans mon esprit en traits ineffaçables (CLAUDEL, Corresp. [avec Gide], 1910, p. 118).
b) Attention, application mentale. Avoir l'esprit distrait, absent; ne plus avoir l'esprit présent; ne pas avoir l'esprit à ce que l'on fait. Il travailla un peu, mais il avait l'esprit ailleurs (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p. 201).
Vieilli ,,Fig., fam. Il a l'esprit aux talons, se dit d'un homme qui, par étourderie ou par préoccupation, ne pense point à ce qu'il dit`` (Ac.).
♦ [Formules utilisées pour s'excuser d'un manque d'attention] Où ai-je l'esprit? Où avais-je l'esprit? [Pour s'excuser d'une conduite inconsidérée] J'ai eu tort de m'emporter tout à l'heure, je ne sais où j'avais l'esprit, j'ai été beaucoup trop loin, j'ai dit des extravagances (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 951).
c) Imagination. Esprit porté au rêve, rempli de rêveries; avoir l'esprit occupé de rêveries, perdu dans des rêveries, des visions. Mon esprit voyageait partout, dans les forêts pleines de fougères de l'île délicieuse, dans les sables du sombre Sénégal (LOTI, Rom. enf., 1890, p. 307).
C.— [Par restriction des sens A et B : p. oppos. aux manifestations de la sensibilité] Principe de l'activité intellectuelle. Les soins du maître tendaient à développer l'esprit de l'enfant (VERNE, 500 millions, 1879, p. 172). Concevoir bien est la suprême fonction de l'esprit (BLOCH, Dest. du S., 1931, p. 20) :
29. Quand l'intelligence n'a plus de poids intérieur, la réflexion au lieu d'en concentrer le regard, l'épuise. Elle dissipe toute assurance de l'esprit, le prive de son assiette.
MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 669.
SYNT. 1. a) Éducation, culture de l'esprit; étendue, ouverture, qualités de l'esprit; travail, activité, concentration de l'esprit; vivacité, clarté, finesse de l'esprit; joie, délices de l'esprit; lenteur, lourdeur, épaisseur, défaillance de l'esprit. b) Précocité, maturité d'esprit; discipline, solidité, puissance, sagacité, profondeur d'esprit; hauteur, supériorité d'esprit; travers, fausseté d'esprit. 2. a) Esprit bien/mal fait, actif, infatigable, lent, lourd, sclérosé; esprit solide, puissant; esprit vif, prompt; esprit ouvert, universel, curieux, éclectique, borné, obtus; esprit réfléchi, profond, mûr, pondéré, logique, cartésien, clair, lucide, subtil, pénétrant; esprit superficiel, creux, raisonneur, compliqué, tortueux, confus, brouillon, fumeux; esprit médiocre, vulgaire, original; esprit orné, cultivé, brillant, fin, raffiné; esprit inculte, illettré. b) Esprit accoutumé à réfléchir, porté aux considérations générales; esprit plein de pensées toutes faites. 3. a) Former, développer, entretenir, nourrir, orner l'esprit; se reposer, s'occuper, se fatiguer l'esprit; mettre de l'ordre dans son esprit; laisser parler son esprit; s'élever, être grand par l'esprit; être jeune d'esprit; avoir qqc. présent à l'esprit; fixer son esprit sur un sujet; arrêter son esprit à/ sur qqc.; agiter une question dans son esprit, rouler dans son esprit mille projets; ouvrir son esprit à une pensée, faire pénétrer qqc. dans son esprit; chercher qqc. dans son esprit, trouver des idées dans son esprit; écarter, repousser, chasser, effacer, ôter une idée de son esprit; détourner son esprit d'une question; garder, graver qqc. dans son esprit; épuiser son esprit à réfléchir continuellement, faire le vide dans son esprit. b) Éveiller, former, façonner l'esprit de qqn; mettre qqc. dans l'esprit de qqn, faire naître une idée dans l'esprit de qqn; ôter une idée de l'esprit de qqn. c) Esprit qui pense, se concentre, se disperse, se développe, mûrit; esprit qui s'échauffe, conserve sa vigueur, retrouve toute sa lucidité; esprit qui nourrit de vastes pensées, se remplit d'idées vagues; esprit qui excelle dans qqc. d) Idée qui se présente, (re)vient à l'esprit; idée qui s'insinue, entre, se forme, grandit, jaillit dans l'esprit; idée qui effleure l'esprit; idée qui s'impose à, s'empare de l'esprit; idée qui envahit l'esprit; idée qui se fixe, se grave dans l'esprit; idée qui traverse l'esprit, sort de l'esprit; idée qui dérange, accable, agite l'esprit; fatigue qui paralyse l'esprit.
[P. oppos. au cœur ou à l'âme en tant que principes de la sensibilité, de l'affectivité] J'éprouve que mon imagination a tout à fait vieilli en ce qu'il n'y a plus aucune sympathie entre les idées de l'esprit et les sentiments de l'âme (MAINE DE BIRAN, Journal, 1818, p. 109) :
30. On répétera qu'il est infiniment bon. Je le sais bien, mais je voudrais qu'il fût permis de dire qu'il a aussi l'intelligence de sa bonté, entendant par là qu'il n'a pas moins d'esprit que de cœur, ou, si l'on veut, que le cœur, chez lui, élève l'esprit, comme aussi bien l'esprit élève le cœur.
BREMOND, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 241.
P. méton. La personne même, du point de vue intellectuel. Un esprit orné, éclairé, distingué, éminent, brillant, rare, supérieur, inférieur :
31. C'était [le général Ruffey] un esprit brillant très imaginatif, dont les qualités de technicien auraient à s'employer utilement dans les opérations que son armée serait amenée probablement à exécuter dans la région de Metz...
JOFFRE, Mém., t. 1, 1931, p. 205.
Locutions
a) Grand esprit. Esprit supérieur, élevé et de large envergure. P. méton. Personne douée d'un tel esprit :
32. À George Sand.
Vous venez de m'écrire, dans l'Avenir national, une admirable lettre. Cette page me paye mon livre. Vous êtes un des plus grands esprits de la France et du monde...
HUGO, Corresp., 1865, p. 506.
Proverbe. Les grands (ou les beaux) esprits se rencontrent.
Petit esprit. Esprit médiocre, mesquin. Madame Trevor était extrêmement coquette et avait le petit esprit fin et maniéré que la coquetterie donne aux femmes qui n'en ont pas d'autre (CONSTANT, Cahier rouge , 1830, p. 19). Ce gros homme de petit esprit [Louis XVIII] (BALZAC, Langeais, 1834, p. 323) P. méton. Personne douée d'un tel esprit :
33. Depuis qu'on veut tout savoir, tout connaître, depuis que chaque petit esprit tend à tout rabaisser à son niveau, à tout comprendre dans sa petite capacité, la sphère des croyances ou du monde invisible s'est rétrécie de plus en plus.
MAINE DE BIRAN, Journal, 1820, p. 280.
Simple d'esprit. Personne dont les facultés intellectuelles ne se sont pas développées normalement et qui souffre d'arriération ou de débilité mentale. Ce Sieurin, qui a subi trente-sept condamnations pour vagabondage, est incapable de tuer une mouche. Il n'a jamais commis de vol. C'est un simple d'esprit, un être inoffensif (FRANCE, Orme, 1897, p. 210). Faible d'esprit.
b) Esprit droit. Esprit au raisonnement rigoureux, au jugement sain. Cette enfant est absurde, on aura bien de la peine à lui rendre l'esprit droit! (DURANTY, Malh. H. Gérard, 1860, p. 123). P. méton. Il admirait qu'aucune difficulté ne résiste à un esprit droit et qui raisonne juste (MAURIAC, Th. Desqueyroux, 1927, p. 250).
P. oppos. Esprit faux. C'est un esprit faux et malveillant (PROUST, Filles en fleurs, 1918, p. 573).
c) Bon esprit
Vieilli. Capacité de l'esprit de porter des jugements sains, de bon sens :
34. Ce dont on a le plus horreur en France, c'est d'être dupe. On aime mieux passer pour leste et dégagé que pour un honnête nigaud, et, du moment que l'on associe à la morale quelque idée de pesanteur d'esprit, c'est assez pour qu'on la tienne en suspicion. De là l'extrême rabais où est tombé le titre de bon esprit. Ce titre, qui devrait être le plus beau des éloges est devenu presque synonyme d'esprit faible, et est accordé avec une étrange libéralité; on accorde, en effet, volontiers aux autres les qualités auxquelles on ne tient pas pour soi-même, et on pense qu'en accordant aux autres le bon esprit, on fera entendre qu'on est soi-même un grand ou brillant esprit.
RENAN, Avenir sc., 1890, p. 444.
De nos jours. Avoir le bon esprit de + inf. Avoir la perspicacité, l'intelligence de + inf. Il [Pascal] eut à son lit de mort un curé très prudent (de Saint-Sulpice?) qui eut le bon esprit d'oublier de lui parler de signature (BARRÈS, Cahiers, t. 7, 1908, p. 36).
d) Bel esprit. [Souvent ironiquement] Finesse et distinction de l'intelligence jointe à la culture des belles-lettres. L'esprit même devenu plus général, tout le monde y prétend bientôt; de là le bon esprit devient rare et la pointe, le faux bel esprit et la prétention prennent sa place (BENDA, Fr. byz., 1945, p. 225).
P. méton. Un bel esprit lui [le curé de Costerel-sur-Meuse] donna même un nom : il l'appela le « confesseur de bonnes ». Le mot fit fortune; il courut les salons bien pensants (BERNANOS, Imposture, 1927, p. 339).
Emploi adj. Il avait vu récemment une jeune femme de Neuchâtel, savante et bel esprit, et qui avait « la manie de s'afficher » (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1952, p. 145).
Péj. Faire le bel esprit. Chercher, avec affectation, à paraître brillant, spirituel. J'ai eu tort, j'en conviens et je fais le bel esprit mal à propos (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p. 5).
e) Esprit fort. Personne qui croit faire preuve de force d'esprit en se situant au-dessus des croyances religieuses :
35. Par ailleurs, on avait beau s'afficher matérialiste, libertin ou esprit fort, le monde, autour de vous, était tellement croyant, on baignait dans une si générale promesse de justice distributive au-delà, que tout conspirait à vous assurer un usage sans trouble des biens de la terre.
BLOCH, Dest. du S., 1931, p. 105.
Emploi adj. Hippolyte étant déjà assez esprit fort, et moi ayant été habituée par ma mère et ma grand'mère (...) à regarder l'existence du diable comme une imposture (SAND, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 375).
P. ext. Personne qui se place au-dessus des idées communément reçues. Faire l'esprit fort :
36. ... il est bien trop fin pour ne pas comprendre qu'avec certains il en serait pour ses frais, aussi proportionne-t-il ses effets au crédit dont il sent qu'il dispose. Avec Marchant, il ne se risque guère, mais fait l'esprit fort et plaisante; il réserve le pathétique pour l'abbé qui le trouve « édifiant », pour papa qui le trouve « antique »...
GIDE, École femmes, 1929, p. 1292.
f) Avoir l'esprit de + inf. Avoir l'intelligence de (+ inf.), être assez intelligent pour (+ inf.). — Mais, mon pauvre Téran, reprit Madame d'Hocquincourt (...) on ne menace pas de s'enivrer, on s'enivre. Il faut avoir l'esprit de voir cette différence (STENDHAL, L. Leuwen, t. 2, 1835, p. 111).
D.— [Par restriction du sens C]
1. [Avec un compl. de nom sans article ou avec un adj.] Esprit de + subst. ou esprit + adj. Disposition intellectuelle dominante déterminant l'orientation de l'intelligence lorsqu'elle s'applique à un objet. L'esprit d'abstraction (Barrès avait admirablement attrapé l'apparence de cet esprit; il a volé l'outil, a dit un philosophe) (BENDA, Trahis. clercs, 1927, p. 85). L'esprit mystique qui déifie chaque chose a du bon, et même, en un certain sens, du vrai (RUYER, Esq. philos. struct., 1930, p. 224) :
37. Qui nous a appris à connaître les analogies véritables, profondes, celles que les yeux ne voient pas et que la raison devine?
C'est l'esprit mathématique, qui dédaigne la matière pour ne s'attacher qu'à la forme pure. C'est lui qui nous a enseigné à nommer du même nom des êtres qui ne diffèrent que par la matière...
H. POINCARÉ, Valeur sc., 1905, p. 142.
SYNT. Esprit d'examen, de doute, de méthode, de comparaison, d'analogie, de classification, de généralisation, de synthèse; esprit critique, analytique, synthétique.
Spéc. Esprit de géométrie. Aptitude au raisonnement logique, déductif. Esprit de finesse. Intuition synthétique, inspiration. Un art aussi catégorique que subtil, où l'esprit de finesse et l'esprit géométrique se confondent (FAURE, Espr. formes, 1927, p. 230) :
38. ... j'ai expliqué à mes élèves le début de la section I des Pensées sur la différence entre l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse. Je me suis efforcé de leur faire sentir la prodigieuse probité de la pensée de Pascal en général...
DU BOS, Journal, 1922, p. 105.
2. Absolument
a) Vieilli. Valeur intellectuelle. Oxford n'est qu'un collège, la cité de l'esprit, d'un doux repos avant les agitations de la vie, ses combats, ses orages (MICHELET, Chemins Europe, 1874, p. 57). Ernst n'était point sot. Sans culture, il n'était pas sans esprit (ROLLAND, J.-Chr., Adolesc., 1905, p. 350).
Homme, femme d'esprit. Personne douée de qualités d'esprit et de cœur particulières, cultivée, au goût excellent. Je vois des hommes d'esprit qui ne croient qu'en eux-mêmes; ils sont bouffis d'orgueil (MAINE DE BIRAN, Journal, 1820, p. 276). À moins d'une grande passion, prise peu à peu et dans la première jeunesse, une femme d'esprit n'aime pas longtemps un homme commun (STENDHAL, Amour, 1822, p. 108).
Ouvrage d'esprit. Ouvrage littéraire. Œuvres de l'esprit; travaux d'esprit. Au fond, il y a de la métaphysique dans tous les ouvrages d'esprit, depuis les méditations de Descartes jusqu'aux poésies de Dorat (BONALD, Essai analyt., 1800, p. 19).
b) Spéc. [De nos jours] Forme d'intelligence aiguë, vive et mordante, qui excelle dans l'art d'opérer des rapprochements inattendus et drôles, dans l'art d'exposer des idées, de converser avec une verve piquante pleine d'ingénieuses saillies. On ne doit mettre dans un livre que la dose d'esprit qu'il faut; mais on peut en avoir, dans la conversation, plus qu'il ne faut (JOUBERT, Pensées, t. 1, 1824, p. 240). Prêter de l'esprit aux sots est le plus sûr moyen de les flatter (SANDEAU, Sacs, 1851, p. 33) :
39. On peut pourtant faire des calembourgs avec de l'esprit, ou quoiqu'on ait de l'esprit : M. de Bièvre l'a prouvé; mais qu'en conclure, lorsque tant de sots y réussissent? Que le calembourg prouve quelque esprit dans une bête? Ne prouverait-il pas plutôt qu'il y a toujours un petit coin de bêtise dans un homme d'esprit?
JOUY, Hermite, t. 5, 1814, p. 233.
SYNT. Homme (plein) d'esprit; réponse, répartie (pleine) d'esprit; tour plein d'esprit, jeu d'esprit, plaisanteries sans esprit; esprit scintillant, vif, mordant; esprit comique, gaulois; esprit de saillie; esprit d'emprunt, de boulevard; avoir de l'esprit, beaucoup d'esprit; être plein d'esprit, faire assaut d'esprit, pétiller d'esprit, (ne pas) manquer d'esprit, déployer son esprit le plus scintillant, montrer de l'esprit à peu de frais, conversation qui ne brille pas par l'esprit.
Trait, mot d'esprit. Pensée fine et ingénieuse, pointe, saillie. Et des mots d'esprit qui sont des mots des Goncourt au forceps (Goncourt, Journal, 1889, p. 913). Un trait d'esprit annonce toujours la mort d'une idée (ALAIN, Propos, 1923, p. 462).
Bureau d'esprit (vieilli). Salon dans lequel évoluent des personnes pleines d'esprit. Tenir bureau d'esprit. P. iron. Hier j'allai passer un quart-d'heure au grand club où tant de sots tiennent bureau d'esprit (MARAT, Pamphlets, Charlatans mod., 1791, p. 279).
Faux esprit. Pensée à la fois fausse et recherchée (cf. LITTRÉ).
Avoir de l'esprit jusqu'au bout des doigts, des ongles. Avoir beaucoup d'esprit en toutes circonstances, jusque dans les moindres choses. Avoir de l'esprit à revendre. Un homme qui, comme un frère, avait du cœur et de l'esprit à revendre, un jour sur trois, sur quatre, ou sur cinq, selon « le vent », disaient-ils (SAND, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 64). Je préfère mille fois la petite étude de M. Vibert que nous avons vue à l'exposition des aquarellistes. Ce n'est rien si vous voulez, cela tiendrait dans le creux de la main, mais il y a de l'esprit jusqu'au bout des ongles (PROUST, Guermantes, 1921, p. 501).
Faire de l'esprit (péj.). Vouloir absolument se montrer spirituel, chercher avec affectation à faire preuve d'esprit :
40. MADELEINE. — Tu as bien changé depuis!
RICHARD. — Non!... C'est l'honneur qui a changé de côté!... Faut croire que ça se déplace...
MADELEINE. — Ne fais pas d'esprit.
RICHARD. — Je n'en ai jamais moins fait...
H. BATAILLE, Maman Colibri, 1904, IV, 6, p. 30.
Proverbe. L'esprit court les rues. L'esprit est chose commune, chacun se pique d'en avoir. À l'heure qu'il est, je suis écœuré par la population qui se rue sous mes fenêtres à la suite du bœuf gras! Et on dit que l'esprit court les rues! (FLAUB., Corresp., 1868, p. 356).
[Allus. littér.]
♦ [MONTESQUIEU, Variétés] Quand on court après l'esprit, on attrape la sottise :
41. Ainsi, quand l'Europe est en feu, quand Paris est en rumeur, quand la propriété chancelle, quand le droit divin trébuche, quand on perd l'esprit en courant après le bon sens, quand il n'y a plus rien de stable, plus rien de certain au monde, quand tout est remis en question, les lois, les mœurs, les richesses et les gloires, tout un quartier s'obstine à parfiler!
Musset ds Le Temps, 1831, p. 55.
♦ [DELAVIGNE, Enf. d'Édouard, I, 2] Quand ils ont tant d'esprit les enfants vivent peu. ,,Se dit d'un enfant qui a beaucoup d'esprit, et, plus souvent ironiquement, d'un enfant qui n'a guère de dispositions. Cet enfant a trop d'esprit, il ne vivra pas`` (LITTRÉ).
♦ [LA FONTAINE, Conte] Comment l'esprit vient aux filles. ,,(...) l'amour fait venir l'esprit aux filles`` (LITTRÉ) :
42. Indépendamment des affections, ou des idées qui se rapportent aux fonctions particulières de ces organes, l'époque qui nous occupe produit souvent une révolution complète dans les habitudes de l'intelligence. Ce n'est pas sans fondement, qu'on a dit que l'esprit venait alors aux filles; et les plaisanteries relatives au moyen par lequel ce prétendu miracle s'opère, porte sur un fond réel et physique.
CABANIS, Rapp. phys. et mor., t. 1, 1808, p. 311.
P. anal. :
43. ... 89 montra comment l'esprit vient aux villes. Mais, au bon vieux temps, la capitale avait peu de tête; elle ne savait faire ses affaires ni moralement ni matériellement, et pas mieux balayer les ordures que les abus. Tout était obstacle, tout faisait question.
HUGO, Misér., t. 2, 1862, p. 514.
II.— Principe de pensée et d'action.
A.— [Avec un compl. de nom sans article ou avec un adj.] Esprit de + subst. ou esprit + adj. Disposition psychique dominante d'une personne ou d'un groupe, déterminant le choix d'une attitude et l'orientation de l'action. Esprit d'indépendance, de soumission; esprit conciliateur, chicanier. Il réclama le travail comme d'autres enfants réclament des jouets, non par esprit de devoir, mais par instinct, par besoin de nature (ZOLA, Th. Raquin, 1867, p. 11). Mais elle passa outre, comme elle faisait parfois, poussée par un goût du risque et un esprit de décision qu'elle confondait avec le courage (MARTIN DU G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 596) :
44. Nos messieurs sont à Oron. J'en ai profité pour prier ma sœur de m'accorder un bout de causerie après souper. Mais bah! l'esprit de contradiction fait dans ces cas-là désirer exactement le contraire de ce qui est demandé.
AMIEL, Journal, 1866, p. 243.
P. méton. C'était sans nul doute l'esprit le plus positif du groupe. Il disposait, dans les milieux de la finance, de la politique, du barreau et du livre, de relations sur lesquelles il ne comptait jamais en vain (ARLAND, Ordre, 1929, p. 158).
Locutions
Esprit d'à-propos. Synon. de présence d'esprit (cf. supra). J'avais été séduit par sa haute et brillante intelligence; sur la carte, il avait été merveilleux de clarté, de lucidité, de jugement et d'esprit d'à-propos (JOFFRE, Mém., t. 1, 1931, p. 370). Esprit de suite. Continuité, suite dans une idée, une attitude, une action. En politique extérieure, une vraie démocratie, bien républicaine, demeure dépourvue de la continuité et de l'esprit de suite qui permet aux aristocrates et aux monarchies de se marquer un but politique (MAURRAS, Kiel et Tanger, 1914, p. 12). Esprit de clocher. Attachement borné, excessif à son village, à sa ville. L'esprit de clocher, mon ami, n'est pas autre chose que le patriotisme naturel. J'aime ma maison, ma ville et ma province par extension, parce que j'y trouve encore les habitudes de mon village (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Rosier Mme Husson, 1887, p. 684). Sans esprit de retour. Sans avoir l'intention de revenir. Les deux tiers de ses enfants l'ayant abandonnée sans esprit de retour, la malheureuse ville est comme un corps qui a perdu son sang (MAETERL., Vie abeilles, 1901, p. 165). Esprit de sacrifice. Disposition intérieure à l'abnégation qui porte à se dévouer, à se sacrifier pour autrui. Mais ce départ que je voulais à tout instant effectuer, M. et Mme de Guermantes poussaient l'esprit de sacrifice jusqu'à le reculer en me retenant (PROUST, Guermantes, 1921, p. 543).
Avoir bon esprit. Être naturellement enclin à apprécier, juger les intentions ou les actes d'autrui avec bienveillance; accepter de bonne grâce une autorité, une discipline. La proclamation (...) produisit une impression excellente. Elle se terminait par un appel au bon esprit des citoyens (ZOLA, Fortune Rougon, 1871, p. 244). Le commandant d'armes, le préposé au maintien du bon ordre, du bon esprit et de la bonne tenue des troupes (COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, 2e partie, p. 206). Avoir mauvais esprit. Être enclin à apprécier, juger les intentions ou les actes d'autrui avec malveillance (fam. avoir l'esprit mal tourné). Se rebeller plus ou moins sourdement contre une autorité, une discipline. Faire du mauvais esprit. Il me met surtout en garde contre le mauvais esprit de la population qui, gavée depuis la guerre, dit-il, a besoin de cuire dans son jus (BERNANOS, Journal curé camp., 1936, p. 1063) :
45. Elle regardait les autres garçons, aussi, quelquefois. Quand, à la lecture du communiqué, elle en voyait « faire du mauvais esprit », elle se disait (...) que leur moralité devait être sur tous les points également basse...
MONTHERL., Songe, 1922, p. 72.
♦ [P. allus. à la formule utilisée par le ministre Spuller en 1894 pour définir la politique du gouvernement à l'égard de l'Église] L'esprit nouveau :
46. — Il y a une question de droit. Je l'eusse tranchée en faveur des congrégations. Il y a aussi une question de fait. Les congrégations faisaient beaucoup de bien. Le préfet concluait dans la fumée de son cigare :
— Il n'y a pas à revenir sur ce qui a été fait. Mais l'esprit nouveau est un esprit de conciliation.
FRANCE, Orme, 1897, p. 36.
B.— Ensemble des dispositions psychiques dominantes qui déterminent et caractérisent les sentiments et les actions d'une personne ou d'un groupe social. Tu seras donc toujours le même fou que j'ai connu, (...) il y a en toi l'esprit de ton père : c'était un vieux braque (ERCKM.-CHATR., Ami Fritz, 1864, p. 5). Vieil esprit français de clarté et de bon sens (BARRÈS, Cahiers, t. 13, 1920-22, p. 168) :
47. Sa confiance était absolue dans un outil militaire supérieur à tout ce qui avait été vu jusqu'alors par le nombre des unités mobilisées, le degré de leur instruction, (...) l'esprit qui les animait, le savoir qui les guidait.
FOCH, Mém., t. 1, 1929, p. 10.
SYNT. Esprit du groupe, de la société, d'une nation; esprit de Port-Royal; esprit de la république, de l'Église, de l'armée; esprit civique; esprit moderne.
Vieilli. Esprit du monde. ,,Humeur égale, manières affables, habitudes de souplesse et de ménagement`` (Ac.). Esprit national, social, général, public. Synon. mod. opinion publique :
48. Les historiens qui traitent du moyen âge ne parlent guère de cette opinion qui se forme dans une nation sur les objets qui l'intéressent et qu'on appelle l'esprit public.
FARAL, Vie temps st Louis, 1942, p. 213.
Bureau d'esprit public. ,,(...) salon, réunion dont les habitués paraissent avoir la prétention de diriger l'opinion en fait de politique`` (LITTRÉ). Bureau de l'esprit public. ,,(...) s'est dit d'une division du ministère de l'intérieur ou de la police où l'on s'occupe de faire ou de diriger l'esprit public par des pièces de théâtre, des fêtes, par la presse, etc.`` (LITTRÉ). Cf. supra I D 2 b.
Esprit du temps/de son temps, de l'époque, du siècle. Ensemble des tendances générales caractéristiques du temps, de l'époque, du siècle. Je demande, une fois de plus, l'indépendance pour être en état de faire mon œuvre qui est de combattre l'esprit du siècle (BLOY, Journal, 1902, p. 126). « Ne pas être poire ». Le mot courait autour de lui et symbolisait l'esprit de l'époque (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 467).
Esprit de famille, d'équipe. [Souvent péj.] Esprit de parti, de corps (cf. ce mot III B 2), de clan, de secte :
49. ... l'esprit de parti présente les opinions par ce qu'elles ont de saillant pour les faire comprendre au vulgaire; et l'esprit de secte, (...) tend toujours vers ce qu'il y a de plus abstrait (...) L'esprit de parti excite dans les hommes de certaines passions communes qui les réunissent en masse. (...) L'esprit de secte n'aspire qu'à convaincre; l'esprit de parti veut rallier. L'esprit de secte se dispute sur les idées; l'esprit de parti veut du pouvoir sur les hommes. Il y a de la discipline dans l'esprit de parti, et de l'anarchie dans l'esprit de secte.
STAËL, Allemagne, t. 5, 1810, pp. 139-140.
Avoir l'esprit de..., prendre l'esprit de...; entrer, cadrer (bien) dans l'esprit de... Banville se bouchant l'œil chez Buloz pour tâcher de prendre l'esprit de la maison (RENARD, Journal, 1893, p. 147) :
50. ... les vieux officiers passaient leurs soirées chez moi et préféraient mon appartement au café. Je ne sais d'où cela venait, n'était peut-être de ma facilité à entrer dans l'esprit et à prendre les mœurs des autres.
CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 67.
Avoir l'esprit de son âge, avoir l'esprit de son état. Avoir la connaissance, la conscience des idées, des sentiments, des façons d'être et d'agir qui sont ordinairement considérés comme convenant à son âge ou à sa situation, et s'y conformer. Qui n'a pas l'esprit de son âge, de son âge a tout le malheur, dit Voltaire; et non-seulement il faut avoir l'esprit de son âge, mais aussi l'esprit de sa fortune et de sa santé (JOUBERT, Pensées, t. 1, 1824, p. 229) :
51. Cet homme n'a jamais eu l'esprit de son état; dans le gouvernement il ne fut pas magistrat, et dans l'ermitage il ne fut pas ermite...
SENANCOUR, Obermann, t. 2, 1840, p. 51.
Dans le domaine du théâtre. Esprit d'un personnage, esprit d'un rôle; entrer dans l'esprit d'un rôle. Pour mieux faire comprendre à Fanny l'esprit du personnage dont elle devait jouer le rôle (MURGER, Scènes vie jeun., 1851, p. 92). Du moment où l'esprit du rôle lui échappait, il vaudrait mieux pour tout le monde qu'il ne le jouât pas (ZOLA, Nana, 1880, p. 1340).
P. méton., au plur. [Pour désigner un ensemble de personnes considérées par rapport à leurs dispositions, leurs idées, leurs sentiments, leurs réactions communes] Les esprits. Échauffer, remuer, égarer les esprits. Calmer les esprits. Il se fit une grande révolution dans les esprits. Éclairer les esprits (Ac.). Les esprits s'échauffaient chaque jour davantage parmi le peuple et la bourgeoisie de Paris (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 3, 1821-24, p. 120). Cet argument inattendu frappa les esprits (ROMAINS, Copains, 1913, p. 43).
C.— P. anal. Pensée dominante, idée centrale, principe qui anime une œuvre et lui donne son sens profond; inspiration dominante et caractéristique d'un auteur, essence de sa pensée. C'est l'esprit de Locke qui anime et dirige toute l'école sensualiste de ce siècle (COUSIN, Hist. philos., t. 1, 1829, p. 66). Jésuites et ultras travaillaient efficacement à détruire l'esprit de la charte, à falsifier la loi (ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 245). Il reste à pénétrer l'esprit même de l'œuvre, c'est-à-dire sa qualité (FAURE, Espr. formes, 1927, p. 210) :
52. La pensée d'autrefois circulait à travers les consciences d'aujourd'hui. L'esprit de Pascal était vivant, non seulement chez l'élite raisonneuse et religieuse, mais chez d'obscurs bourgeois, ou chez les syndicalistes révolutionnaires.
ROLLAND, J.-Chr., Maison, 1909, p. 962.
SYNT. Esprit d'une institution, d'un traité, d'une loi; esprit d'un livre, d'un texte; esprit d'un cours, d'une doctrine; saisir l'esprit de...; entrer, pénétrer dans l'esprit de...; fausser, détruire l'esprit de...
[Le compl. de nom désigne une publication] Tendance dominante, orientation générale, intention principale. — Pourquoi donc t'amuses-tu à changer l'esprit de mes articles? dit Lucien, qui n'avait fait ce brillant article que pour donner plus de force à ses griefs (BALZAC, Illus. perdues, 1843, p. 432).
[P. allus. à la 3e épître de Saint Paul aux Corinthiens, III, 6] La lettre tue, mais l'esprit vivifie. C'est au sens profond d'un texte qu'il y a lieu de s'attacher, et non à son sens littéral, apparent, à sa forme. C'était un homme de sens et d'esprit, un prêtre facile et qui accommodait tout au précepte :« la lettre tue et l'esprit vivifie » (GONCOURT, R. Mauperin, 1864, p. 68). Je cherchai (...) s'il était possible, en dégageant l'esprit de la lettre du décret du 2 décembre 1915, de donner à mes attributions toute l'ampleur et toute l'autorité qui me paraissaient indispensables (JOFFRE, Mém., t. 2, 1931, p. 431).
Spéc., vx. Recueil de textes et de pensées extraits de l'œuvre d'un auteur pour faire connaître et comprendre l'essence de sa pensée. L'Esprit de Montaigne, de J.-J. Rousseau (Ac.).
Prononc. et Orth. :[]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. [Fin du Xe s. spiritus « principe de vie, âme » (Passion de Clermont, éd. D'Arco Silvio Avalle, 320 [Mt. 27, 50])]; début XIIe s. espirit (Psautier d'Oxford, 30 [31], 6, éd. F. Michel); 2. a) début XIIe s. « vent, souffle, air » (ibid., 148, 8); b) début XIIe s. « souffle créateur envoyé par Dieu » (ibid., 103, 31 [104, 30]); 3. début XIIe s. « inspiration divine » (ibid., 50 [51], 13); 4. 1655 gramm. gr. (Cl. LANCELOT, Nouv. méthode pour apprendre facilement la lang. gr., Paris, p. 21). B. Être immatériel 1. a) [fin Xe s. spéc. Saint-Esprit (Passion de Clermont, 515 : Sanz Spiritum)]; 1119 (PH. DE THAON Comput, éd. E. Mall, 516 : Sainz Espirs); b) ca 1170 en parlant de Dieu, des anges, des démons, des bienheureux (Rois, éd. E. R. Curtius, p. 31 [1 Sam. 16, 14] : li mals esperiz); 2. [fin du Xe s. spiritus « fantôme, revenant » (Passion de Clermont, 440 [Lc 24, 37])]; ca 1458 (A. GRÉBAN, Mystère de la Passion, 31377 ds IGLF); 3. ca 1155 « être imaginaire (génie, elfe, etc.) » (WACE, Brut, éd. I. Arnold, 7440 : une manere d'esperit). C. 1. Début XIIe s. « principe de la vie psychique, conscience » (Psautier d'Oxford, 50, 18 [51, 19]); 2. ca 1155 « principe de la vie intellectuelle, entendement, intelligence » (WACE, Brut, 8311 : sis esperiz repaira); 3. 1478-80 p. méton., d'une pers. (G. COQUILLART, Enquête, 813 ds Œuvres, éd. M. J. Freeman, p. 103 : hanta tous legiers esperiz); 4. 1511 « humeur, caractère » (P. GRINGORE, Jeu du Prince des Sotz, Sottie, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 1, p. 213 : Je suis ... Liger d'esperit, fort variable). D. Émanation 1. 1370 « corps légers et subtils qui étaient considérés comme les véhicules de la vie et du sentiment » (N. ORESME, Ethiques, I, 20, éd. A. D. Menut, p. 142 : esperilz [sic]); 2. 1575 anc. chim. « produit d'une distillation » (A. PARÉ, Œuvres, 1. 26, chap. 8 ds Œuvres, éd. J.-F. Malgaigne, t. 3, p. 623 : l'eau de vie, appelée l'ame ou l'esprit de vin). E. 1. 1547 « vivacité de l'esprit, finesse » (N. DU FAIL, Propos rustiques, t. 1, p. 132 ds IGLF; une femme qui a quelque peu d'esprit); 2. 1690 « aptitude particulière, don, sens » (FUR. : l'esprit du jeu, des affaires). F. 1. 1547 « sens profond d'un texte » (MARG. DE NAVARRE, Com. du Désert, 160 ds IGLF : L'esprit caché dedens la lettre morte); 2. 1585 « principe d'action, intention » (N. DU FAIL, Contes et discours d'Eutrapel, t. 2, p. 45, ibid : esprit de contradiction); 3. 1656 « ensemble d'idées, de sentiments de valeurs propres à un groupe humain » (PASCAL, Provinciales, 9 ds Œuvres, éd. L. Lafuma, p. 409 : l'esprit de la Société [Jésuites]); 4. 1684 « choix de textes d'un auteur » (L'Esprit de M. Arnaud, Deventer ds FEW t. 12, p. 196b, note 9 s.v. spiritus). Empr. au lat. class. spiritus « souffle, air; vie; aspiration (gramm.); émanation, odeur; inspiration divine; souffle créateur, inspiration poétique; sentiment; âme, esprit; personne », lat. chrét. « esprit, mentalité; intention; principe de vie morale, spirituelle; intelligence; être immatériel : Saint-Esprit, esprit, ange, démon, bienheureux, fantôme; p. méton. : personne animée d'un bon ou d'un mauvais esprit ». Mot introduit en fr. principalement par l'intermédiaire de textes relig. chrétiens. Fréq. abs. littér. :47 687. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 80 600, b) 61 658; XXe s. : a) 58 551, b) 65 780. Bbg. BROOKS (H.F.). Taste, perfection and delight in Guez de Balzac's criticism. Studies in philology. 1971, t. 68, pp. 70-87. — BRUNEAU (Ch.). Esprit : essai d'un classement hist. des sens. In : [Mél. Roques (M.)]. Paris, 1946, pp. 168-180. — CABEEN (D.C.). The Esprit of the Esprit des lois. P.M.L.A. 1939, t. 54, pp. 439-453. — Essai de sém. : esprit. R. de Philol. fr. et de Litt. 1914, t. 28, pp. 98-146. — GOHIN 1903, p. 335, 362. — HEMPEL (W.). Zur Geschichte von spiritus, mens und ingenium in den romanischen Sprachen. Rom. Jahrb. 1965, t. 16, pp. 21-33. — MATORÉ (G.). Proust linguiste. In : [Mél. Wartburg (W. von)] Tübingen, 1968, t. 1, p. 284. — MERCIER (R.). L'Esprit et le cœur. In : [Mél. Pintard (R.)]. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1975, t. 13, pp. 339-351. — TINSLEY (L.). The French expressions for spirituality and devotion. Washington, 1953, pp. 15-21, 153-158. — WANDRUSZKA (M.). Der Geist der frz. Sprache. Hamburg, 1958, pp. 97-111. — WECHSSLER (E.). Esprit und Geist. Bielefeld, 1927, 604 p.

esprit [ɛspʀi] n. m.
ÉTYM. Déb. XIIe, répandu XIVe; esperit, v. 1050, encore au XIVe; du lat. spiritus « souffle », de spirare « souffler, respirer », d'où « vivre ».
———
I
A
1 Vx (sens étym.). Souffle, air.
1 (Le poumon) est fort âprement travaillé et déchiré de la toux, quand il en glisse quelque chose (des aliments) dedans le tuyau par où l'esprit passe et repasse.
J. Amyot, Trad. Plutarque, Propos de table, VII, 1.
Spécialt (Bible). Souffle envoyé par Dieu. || L'esprit souffle où il veut (Évangile de saint Jean, III, 8, Sacy).
2 L'esprit de Dieu (…) selon la première signification de la lettre, un vent, un air que Dieu agitait.
Bossuet, Élévations à Dieu…, IIIe semaine, II.
3 La terre était informe et toute nue, les ténèbres couvraient la face de l'abîme; et l'Esprit de Dieu était porté sur les eaux.
Bible (Sacy), Genèse, I, 2.
Par analogie :
4 Il est des lieux qui tirent l'âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère (…) Pour l'âme, de tels espaces sont des puissances comme la beauté ou le génie (…) Il y a des lieux où souffle l'esprit.
M. Barrès, la Colline inspirée, I, p. 1.
5 La matinée était encore en sa jeunesse, et l'esprit de ce beau lundi, un des plus beaux du monde, soufflait, apportant des collines l'odeur des sources et des pinèdes.
H. Bosco, Un rameau de la nuit, p. 13.
2 Principe de la vie incorporelle de l'homme. Âme (I.). || L'esprit de vie.
6 L'esprit de l'Éternel, qui avance ta course,
Épandu dedans toi, comme une vive source,
De tous côtés t'anime et donne mouvement (…)
Ronsard, Hymnes, I, « Du ciel ».
7 Un esprit vit en nous et meut tous nos ressorts (…)
La Fontaine, Fables, IX, Disc. à Mme de la Sablière.
Principe de la vie corporelle de l'homme.Loc. cour. (où esprit est plutôt compris au sens II.). Rendre l'esprit : mourir. Souffle, soupir (le dernier soupir; rendre l'âme).
8 Jésus, ayant pris le vinaigre, dit : Tout est accompli; et, baissant la tête, il rendit l'esprit.
Bible (Sacy), Évangile selon saint Jean, XIX, 30.
9 Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière.
Malherbe, Paraphrase du Psaume 145.
3 (Déb. XIIe). Relig. Inspiration provenant de Dieu. || Dieu envoya, répandit un esprit de douceur, de sagesse, d'erreur. || L'esprit divin, l'esprit de Dieu s'empara du prophète ( Grâce).
10 (…) le Seigneur envoya un esprit de haine et d'aversion entre Abimélech et les habitants de Sichem (…)
Bible (Sacy), Juges, IX, 23.
11 Daigne, daigne, mon Dieu, sur Mathan et sur elle
Répandre cet esprit d'imprudence et d'erreur (…)
Racine, Athalie, I, 2.
12 Est-ce l'Esprit divin qui s'empare de moi ?
Racine, Athalie, III, 7.
13 (Le fanatique) recevait l'esprit : on le lui conférait en lui soufflant dans la bouche (…)
Voltaire, le Siècle de Louis XIV, 36.
Loc. Anciennt. Chercher l'esprit…, formule précédant un recueillement de dévotion chez les puritains.
(1119). || Saint-Esprit ou Esprit saint : la troisième personne de la Trinité, qui procède du Père par le Fils. Syn. : esprit vivifiant, esprit consolateur. Paraclet, sanctificateur. || L'Esprit saint est descendu sur les apôtres le jour de la Pentecôte (appelé aussi Jour du Saint-Esprit). || Les sept dons du Saint-Esprit (l'intelligence, la science, le conseil, la force, la piété, la sagesse et la crainte de Dieu) sont communiqués aux fidèles par la confirmation. || « Par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne avec le Père dans l'Unité du Saint-Esprit », formule finale de nombreuses prières. || Représentation du Saint-Esprit par une colombe. — ☑ L'opération du Saint-Esprit.
14 (…) c'est le Saint-Esprit qui est en nous le principe immédiat et substantiel de toutes les opérations de la grâce (…)
Bourdaloue, Sermons, Pentecôte, III.
15 Le Saint-Esprit qui sort du Père et du Fils, comme leur amour mutuel (…)
Bossuet, 5e élévation à Dieu, IIe semaine.
16 Le Verbe de Dieu, sa parole, de qui tout procède, qui est à l'origine de la création; le Saint-Esprit qui, sans être encore conçu comme une personne divine, est déjà reconnu comme la force qui s'exprime par les Prophètes et comme celle qui sanctifie les âmes (…).
Daniel-Rops, le Peuple de la Bible, IV, III, p. 358.
Ordre du Saint-Esprit : ordre de chevalerie institué par Henri III (1578). || Le ruban bleu du Saint-Esprit.
Le péché contre l'Esprit, contre le Saint-Esprit : le « blasphème contre Dieu, prononcé par ceux qui sont censés le connaître » (Héring, in Voc. biblique).
17 (…) je vous déclare que tout péché et tout blasphème seront remis aux hommes; mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis.
Bible (Sacy), Évangile selon saint Matthieu, XII, 31.
18 Surtout ne jugez pas Dieu. Ce serait commettre le péché contre l'Esprit, le seul qui ne sera pas pardonné (…)
Paul Bourget, Un divorce, I, p. 26.
B (1655; repris au grec). Mode d'articulation de l'initiale vocalique en grec ancien : signe au-dessus de la voyelle qui le note. || Esprit dur, esprit rude (‘); émission de la voyelle avec aspiration (opposé à esprit doux [’]).
———
II (XIVe; esprits vitaux, déb. XVIe). Émanation des corps.
1 Vx. || Les esprits : corps légers et subtils, émanations que l'on considérait comme le principe de la vie et du sentiment, et comme le véhicule qui les répartissait dans le corps. || Esprits de vie, esprits vitaux.Anc. méd. || Esprits animaux : les esprits vitaux affinés par le cerveau. 2. Animal (cit. 1, Descartes). || Gros esprits, petits esprits : les esprits les moins, les plus subtils.
19 (…) les esprits animaux, moyennant lesquels (au moyen desquels) elle (l'âme) imagine, discourt, juge, résout, délibère, ratiocine et remémore.
Rabelais, le Tiers Livre, IV.
20 Le cerveau est le siège de l'âme raisonnable, la source du sentiment et mouvement et des très nobles esprits animaux, faits des esprits vitaux, lesquels montés du cœur par les artères du cerveau, sont cuits, recuits, élaborés et subtilisés par le moyen d'une multiplication de petites et subtiles artères.
Pierre Charron, De la sagesse, I, 3.
21 (…) je vous aime trop pour que les petits esprits ne se communiquent pas de vous à moi, et de moi à vous.
Mme de Sévigné, Lettres, 181, 5 juil. 1671.
22 (…) c'est un corps qui vit (…) qui doit avoir des muscles (…) et un cerveau pour distribuer les esprits animaux.
La Bruyère, les Caractères, XVI, 44.
Loc. Mod. (avec quelques verbes). Perdre ses esprits : être égaré par une émotion violente, un trouble. Évanouir (s'); → Perdre connaissance, tomber en syncope. || Rappeler, reprendre ses esprits. Remettre (se), revenir (à soi). || La peur glace les esprits (Académie).
23 Retenir mes esprits, prompts à m'abandonner !
Racine, Bajazet, V, 12.
24 J'ai senti défaillir ma force et mes esprits :
Ses femmes m'entouraient quand je les ai repris (…)
Racine, Bajazet, V, 1.
25 On le porta au château, où l'on n'épargna rien pour lui faire reprendre ses esprits.
A. R. Lesage, le Diable boiteux, XV.
2 (1575). Chim. anc. Produit liquide volatil; produit d'une distillation. Essence, 1. vapeur (3.) || Esprit recteur : produit de la distillation des plantes aromatiques. || Esprit volatil : sous-carbonate d'ammoniaque, provenant de la distillation de matières animales. || Esprit ardent : alcool rectifié. || Esprit alcalin : gaz ammoniac. || Esprit parfumé. Alcoolat. || Esprit fugitif, en terme d'alchimie, le mercure. || Esprit de nitre, de vitriol : acide azotique, sulfurique étendus d'eau.
tableau Vocabulaire de la chimie.
(1855). Mod. et régional. || Esprit-de-sel : acide chlorhydrique étendu d'eau, et esprit-de-bois : alcool méthylique. Méthylène.
Spécialt. || Esprit-de-vin : alcool éthylique.
Vx. Alcool.
26 Je ressemble à ces flacons de liqueurs qu'on a laissés débouchés et dont l'esprit s'est évaporé complètement.
Th. Gautier, Mlle de Maupin, IV, p. 62.
Absolt. || Les esprits : les liqueurs alcooliques. Alcool, spiritueux.
———
III (1119). Être immatériel, incorporel. Âme; spirituel, I.
1 (V. 1170). En parlant de Dieu. || Esprit, pur esprit. || Dieu est un pur esprit. Dieu. || Esprits de lumière, esprits célestes. Ange.Esprit de ténèbres, esprit malin, esprit tentateur : Satan. || Être possédé du malin esprit.Esprits immondes. Démon (cit. 13), diable.Les esprits bienheureux : les âmes qui sont en paradis ( Bienheureux).
27 Franc des liens du corps pour n'être qu'un esprit.
Ronsard, Pièces posthumes, Derniers vers, VI.
28 Le premier de tous les esprits, c'est Dieu, souverainement intelligent.
Bossuet, Connaissance de Dieu, V, 13.
29 Étrange effet du péché ! ces esprits lumineux devinrent esprits de ténèbres.
Bossuet, Disc. sur l'Hist. universelle, II, 1.
30 N'osant préconiser le mal sous son propre nom, on le sophistique : donnez-vous de garde de prendre cette brute pour un esprit de ténèbres, c'est un ange de lumière !
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. VI, p. 307.
31 Je veux raconter la victoire que les fidèles remportèrent sur les esprits de l'abîme (…)
Chateaubriand, les Martyrs, III.
32 (…) l'Esprit du Mal, même quand on ne lui livre qu'un cheveu, ne tarde pas à emporter la tête.
Baudelaire, Poème du haschisch, I.
(Dans des théories mystiques) :
33 Tout revit, se meut, existe en l'Esprit, car il est en Dieu (…) l'Esprit communique avec le sens intime caché sous toutes les choses de ce monde (…) Enfin tout parle aux Esprits. Les Esprits sont dans le secret de l'harmonie des créations entre elles; ils s'entendent avec l'esprit des sons, avec l'esprit des couleurs, avec l'esprit des végétaux (…)
Balzac, Séraphîta, III, Pl., t. X, p. 510.
34 L'aspiration de l'Âme vers le Ciel fut si contagieuse, que Wilfrid et Minna ne s'aperçurent pas de la Mort (…) Leurs yeux se voilèrent aux choses de la Terre, et s'ouvrirent aux clartés du Ciel. Quoique saisis par le tremblement de Dieu (…) ils y restèrent (…) en se trouvant dans le rayon où brillait la gloire de l'Esprit (…) L'Esprit était au-dessus d'eux, il embaumait sans odeur, il était mélodieux sans le secours des sons (…) ils se savaient près de lui (…) Ils se disaient : « S'il nous touche, nous allons mourir ! » Mais l'Esprit était dans l'infini, et ils ignoraient que ni le temps ni l'espace n'existent plus dans l'infini (…)
Balzac, Séraphîta, Pl., t. X, p. 581.
Loc. C'est un esprit, un pur esprit, un homme qui est détaché des contingences matérielles ou qui affecte de l'être. Angélisme.Cour. || N'être pas un pur esprit : avoir des besoins corporels, matériels.
35 Descartes, ce mortel dont on eût fait un dieu
Chez les païens, et qui tient le milieu
Entre l'homme et l'esprit (…)
La Fontaine, Fables, IX, Disc. à Mme de la Sablière.
2 (V. 1155). Être imaginaire, mythique, qui est supposé se manifester sur la terre. Ases, elfe, fée, gnome, kobold, korrigan, lutin, poulpiquet, sylphe, etc. || Esprit follet. Farfadet. || Esprit du feu. Salamandre. || Esprit familier. Génie, démon (I.). || Esprit du foyer.
3 (V. 1458). Âme d'un défunt, dans l'occultisme. Fantôme, mânes, revenant, spectre. || Château hanté par des esprits. || Évocation des esprits. Spirite, spiritisme. || Esprits frappeurs : âmes des morts qui manifesteraient leur présence en frappant contre les meubles, etc., et communiqueraient ainsi avec les vivants ( Typtologie). || Esprit es-tu là ?
36 (…) nous disions, il n'y a pas longtemps, « Un esprit lui est apparu; il a un esprit familier; il revient des esprits dans ce château; » et la populace le dit encore. Il n'y a guère que les traductions des livres hébreux en mauvais latin qui aient employé le mot spiritus en ce sens (…) Les Français seuls se sont servis du mot esprit. Le mot propre, pour toutes les nations, doit être fantôme, imagination, rêverie, sottise, friponnerie.
Voltaire, Dict. philosophique, Esprit.
37 D'autres peuplades essayent d'exploiter les esprits, d'obtenir leur assistance ou leur faveur dans les travaux agricoles ou bien dans les entreprises de chasse ou de pêche. On s'efforce parfois de leur tirer quelques oracles.
Valéry, Variété III, p. 191.
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IV (Mil. XIIe). La réalité pensante ( Spirituel, I.).
1 L'esprit. Le principe pensant en général (opposé à l'objet de pensée, à la matière). Pensée. || Doctrine pour laquelle tout est esprit. Idéalisme, immatérialisme. || Doctrine pour laquelle il existe deux substances, l'esprit, ayant pour caractères la pensée et la liberté, et la matière. Spiritualisme (2.). || Doctrine d'après laquelle l'esprit n'est que le reflet de la matière, du mode de production ( Marxisme, matérialisme). || Sciences noologiques, concernant l'esprit (opposé à sciences cosmologiques). || L'esprit absolu, dans la dialectique hégélienne, le moment suprême du développement de l'idée, après l'esprit objectif et l'esprit subjectif. || L'esprit humain, l'esprit de l'homme.De l'Esprit, ouvrage d'Helvétius (1758). || Introduction à la connaissance de l'esprit humain, de Vauvenargues (1746). || L'Esprit libre, de Lessing. || La Phénoménologie de l'esprit, de Hegel. || Esprit et Réalité, ouvrage de N. Berdiaeff. || Vigiles de l'esprit, d'Alain.« L'esprit humain », poème de Hugo (la Légende des siècles). || « L'esprit pur », poème de Vigny (les Destinées).
38 (…) l'esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps, que, s'il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu'ils n'ont été jusqu'ici, je crois que c'est dans la médecine qu'on doit le chercher.
Descartes, Discours de la méthode, VI.
39 Je suis, j'existe, cela est certain; mais combien de temps ? Autant de temps que je pense (…) Je ne suis donc, précisément parlant, qu'une chose qui pense, c'est-à-dire un esprit, un entendement ou une raison (…)
Descartes, Méditations métaphysiques, II. — Cf. Je pense, donc je suis → 1. Être, cit. 3.
40 L'esprit de ce souverain juge du monde (l'homme) n'est pas si indépendant, qu'il ne soit sujet à être troublé par le premier tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit d'un canon pour empêcher ses pensées : il ne faut que le bruit d'une girouette ou d'une poulie.
Pascal, Pensées, VI, 366.
41 (…) l'esprit peut être considéré ou comme la faculté productrice de nos pensées, et l'esprit, en ce sens, n'est que sensibilité et mémoire; ou l'esprit peut être regardé comme un effet de ces mêmes facultés, et dans cette seconde signification, l'esprit n'est qu'un assemblage de pensées (…)
Helvétius, De l'esprit, I.
42 L'esprit humain
Contient le même songe obscur que la nature;
Il a sur l'infini comme elle une ouverture,
Mais l'obstacle est dans l'ombre, et nous y distinguons
Une porte que nul n'ébranle sur ses gonds,
C'est l'inconnu. L'esprit de l'homme en qui tout vibre
Va heurter cette porte avec son aile libre (…)
Hugo, Quatre vents de l'esprit, « Le livre lyrique », LVI.
43 Toute race, tout art a son hypocrisie. Le monde se nourrit d'un peu de vérité et de beaucoup de mensonge. L'esprit humain est débile; il s'accommode mal de la vérité toute pure; il faut que sa religion, sa morale, ses États, ses poètes, ses artistes, la lui présentent enveloppée de mensonges. Ces mensonges s'accommodent à l'esprit de chaque race; ils varient de l'une à l'autre : ce sont eux qui rendent si difficile aux peuples de se comprendre, et qui leur rendent si facile de se mépriser mutuellement.
R. Rolland, Jean-Christophe, IV.
44 C'est que l'esprit vit de différences, l'écart l'excite; le défaut l'illumine; la plénitude le laisse inerte.
Valéry, Autres rhumbs, p. 126.
45 Il serait peu que notre esprit fût naturellement confus et bizarre : il est si étrangement bâti que les monstres qu'il forme lui semblent, plus ils sont monstrueux, flatteurs et plausibles.
J. Paulhan, Entretien sur des faits divers, p. 115.
Vie, progrès de l'esprit humain. || Crise (cit. 11) de l'esprit. || Développement, affranchissement (cit. 2) de l'esprit par la culture. || Les étapes de l'esprit humain. || Les bornes, les limites de l'esprit humain. || Le règne de l'esprit.Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, œuvre de Condorcet (1794).
46 L'esprit humain a son enfance et sa virilité; plût au ciel qu'il n'eût pas aussi son déclin, sa vieillesse et sa caducité.
Diderot, Opinions des anciens philosophes, Éclectisme.
47 (…) l'esprit humain emploie successivement, dans chacune de ses recherches, trois méthodes de philosopher (…) d'abord la méthode théologique, ensuite la méthode métaphysique et enfin la méthode positive.
A. Comte, Philosophie positive, I, 20.
48 Le but du monde est le développement de l'esprit, et la première condition du développement de l'esprit, c'est sa liberté.
Renan, Souvenirs d'enfance, Préface, p. 15.
Vieilli. || Productions, travaux, créations, œuvres de l'esprit ( Art, science). || Un chef-d'œuvre de l'esprit. || Ouvrage (cit. 1) de l'esprit, ouvrage d'esprit : œuvre littéraire.
REM. Selon Littré, ouvrage d'esprit est réservé aux œuvres littéraires, ouvrage de l'esprit désignant en général toute production de l'esprit. Cette distinction est assez théorique.
|| Des ouvrages de l'esprit, premier chapitre des Caractères de La Bruyère.
49 Pourquoi voulez-vous que ces ouvrages d'esprit soient une occupation peu honorable devant les hommes ?
Racine, Lettre à l'auteur des hérésies imaginaires (Nicole), in Œ., t. IV, p. 278.
50 L'on n'a guère vu jusques à présent un chef-d'œuvre d'esprit qui soit l'ouvrage de plusieurs : Homère a fait l'Iliade, Virgile l'Énéide (…)
La Bruyère, les Caractères, I, 9.
(Opposé à la réalité).Péj. Vue de l'esprit : position abstraite, théorique, erronée ne s'appuyant pas sur le réel. || Création de l'esprit. Chimère, utopie.Jeu de l'esprit.
51 (Ils) croient volontiers que la littérature est un jeu de l'esprit destiné à être éliminé de plus en plus dans l'avenir.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. XV, p. 27.
Allus. bibl. Heureux, bienheureux les pauvres en esprit. Cf. l'expression latine Beati pauperes spiritu.
REM. L'adjonction en esprit, qui ne se trouve que dans saint Matthieu (V, 3) met l'accent sur le caractère spirituel de la pauvreté et désigne la « disponibilité à l'évangile, la renonciation intérieure »; elle s'applique « à une pauvreté pleinement assumée ». La pauvreté en esprit est aussi « une vacuité intérieure, une attente qui demande à être comblée par Dieu » (A. Péry, in Voc. biblique). Cette locution a souvent été mal comprise ou déformée en pauvres d'esprit : hommes sans intelligence.
52 Il ajoute, le cher vieux bonhomme (le vicaire),
Que la gloire ultime est réservée,
Sur tous ceux qui vivent dans la pompe,
Aux pauvres d'esprit et de monnaie (…)
Verlaine, Bonheur, XXIX, p. 515.
2 Théol., relig. (opposé à chair). Chair (cit. 37 et 61). || L'esprit est prompt, mais la chair est faible (Évangile de Matthieu, XXVI, 41). || Vivre selon l'esprit. || Assujettissement (cit. 2) de l'esprit à la chair.
53 (…) la distinction de (…) ceux qui vivaient selon l'esprit d'avec ceux qui vivaient selon la chair (…)
Bossuet, Disc. sur l'Histoire universelle, I, 1.
54 Quand saint Paul dit que la chair convoite contre l'esprit, et l'esprit contre la chair, il entend que la partie intelligente combat la partie sensitive; que l'esprit capable de s'unir à Dieu, est combattu par le plaisir sensible attaché aux dispositions corporelles.
Bossuet, Traité de la connaissance de Dieu, V, 13.
54.1 Le corps enferme l'esprit dans une forteresse; bientôt la forteresse est assiégée de toutes parts et il faut à la fin que l'esprit se rende.
Proust, le Temps retrouvé, Pl., t. III, p. 1035-1036.
Loc. En esprit : spirituellement. || Adorer le Seigneur en esprit. || S'unir en esprit. || Être ravi en esprit : avoir une vision qui transporte l'âme.
3 (Déb. XIIe). Principe de la vie psychique, tant affective qu'intellectuelle, chez un individu. Âme (II.), conscience, moi (II., 2.), sujet (IV., B.). || Étude de l'esprit. Psychologie. || L'esprit et le corps d'un homme. || Agréments (cit. 6) du corps et de l'esprit (→ Beauté, cit. 24). || Diriger son esprit comme un navire. → 1. Penser, cit. 8. || Sentiment, passion qui emplit l'esprit, agit sur l'esprit. || L'effroi s'empara de son esprit. || Inspiration, impression qui traverse l'esprit. || Remâcher, repasser, ressasser, retourner qqch. dans son esprit. || Ces deux pensées (cit. 28) étaient mêlées dans son esprit. || Impulsions, tendances d'un esprit. || Agitation, bouillonnement de l'esprit. || Odeur capiteuse, qui surexcite l'esprit. || Bouleverser (cit. 8), troubler l'esprit. || Apaiser, calmer l'esprit. || Avoir l'esprit dispos, satisfait; l'esprit engourdi, appesanti (cit. 2), par le sommeil. || Avoir l'esprit libre de toute préoccupation. || Conserver l'esprit libre : repousser les soucis, les influences. || « Conserver l'esprit libre et le jugement fort » (devise de l'humaniste Christophe Plantin). || Son esprit répugne à une telle éventualité. || Esprit occupé, préoccupé. || Cela absorbe, occupe son esprit.
55 Quoi ! toujours Andromaque occupe votre esprit ?
Racine, Andromaque, II, 5.
56 Allez, belle Junie, et d'un esprit content
Hâtez-vous d'embrasser ma sœur qui vous attend.
Racine, Britannicus, V, 2.
57 De quelque côté qu'il tourne son esprit, soit qu'il rappelle le péché, soit (…)
Massillon, Avent, Mort du pécheur, in Littré.
58 Longtemps Antoine demeura-là, sans une larme, l'esprit somnolent, ne songeant pas à repartir.
Martin du Gard, les Thibault, t. III, p. 102.
Mettre une crainte, une impression dans l'esprit de qqn. Inspirer, suggérer.
59 Tu te mets en l'esprit une crainte frivole (…)
Corneille, la Suivante, II, 9.
Disposition d'esprit, état d'esprit. Disposition (cit. 10). || État d'esprit indéfinissable, vague (→ État d'âme).
60 Limiter ses croyances dans un état d'âme, comme préciser et limiter ses goûts en art, donne un état d'esprit.
Cocteau, le Grand Écart, I, p. 12.
Gagner l'esprit de qqn, s'emparer de l'esprit de qqn, gagner sa confiance. || Être bien, se mettre bien dans l'esprit de… Opinion. || Passer pour un honnête homme à l'esprit, dans l'esprit de… ( Auprès).
61 Peut-il dans ton esprit passer pour innocent ?
Mairet, la Mort d'Asdrubal, I, 4.
62 (…) songez seulement à vous bien mettre dans l'esprit de mon père.
Molière, l'Avare, I, 1.
Avoir l'esprit ailleurs : être distrait, penser à autre chose (→ Être dans la lune). || Où ai-je, où avais-je l'esprit ? (pour s'excuser d'un manque d'attention, d'un oubli). || Son esprit bat la campagne. Battre.
63 Quoi ? je ne vous ai point parlé de Saint-Marceau (…)
Je ne sais pas où j'avais l'esprit.
Mme de Sévigné, Lettres, 425, 7 août 1675.
En esprit : en imagination, par la pensée. || Voir en esprit. Imaginer.
64 Je suppose (…) qu'il voit en esprit le funeste changement de Joas (…)
Racine, Athalie, Préface.
65 (…) la lettre (…) dont Votre majesté impériale m'honore, m'a transporté en esprit à Orembourg (…)
Voltaire, Lettre à l'impératrice de Russie, 136, 15 mars 1774.
L'œil, les yeux de l'esprit (opposé à : les yeux du corps).
66 L'aveugle voit dans l'ombre un monde de clarté.
Quand l'œil du corps s'éteint, l'œil de l'esprit s'allume.
Hugo, les Contemplations, I, « Aurore », XX.
67 La pensée prolongeant cette contemplation, il découvrit par delà, avec les yeux de l'esprit, le neuvième ciel (…)
France, le Jardin d'Épicure, p. 2.
Santé de l'esprit. || Être sain de corps et d'esprit. || Dérangement, égarement de l'esprit; aliénation (cit. 4), vacillation, vertige de l'esprit (→ Aliéner, cit. 8). || Avoir l'esprit dérangé, tourné : être anormal. || La catastrophe lui a troublé l'esprit.Perdre l'esprit : devenir fou.Être simple d'esprit. || C'est un simple d'esprit. Demeuré, idiot. || Simplicité d'esprit.
68 Elle a besoin de six grains d'ellébore,
Monsieur, son esprit est tourné.
Molière, Amphitryon, II, 2.
69 C'est une radoteuse, elle a perdu l'esprit.
La Fontaine, Fables, X, 1.
70 Je suis fou !… Je les ai vus comme je vois ce pupitre… et me soutenir effrontément !.. (…) Holà ! quelqu'un… Ah ! j'oublie que je n'ai personne… (…) Il y a de quoi perdre l'esprit ! il y a de quoi perdre l'esprit !
Beaumarchais, le Barbier de Séville, III, 14.
4 Vx. Principe des sentiments. Cœur. || Changer d'esprit, de sentiment, d'intention.
71 Depuis que mon esprit est capable de flamme,
Jamais un trouble égal n'a confondu mon âme (…)
Corneille, Médée, I, 2.
72 Voulez-vous qu'un dessein si beau, si généreux
Passe pour le transport d'un esprit amoureux ?
Racine, Andromaque, I, 4.
5 (1511). Ensemble des dispositions, des façons d'agir habituelles. Caractère, humeur. || Avoir l'esprit audacieux, aventurier (cit. 16), belliqueux, remuant, téméraire, turbulent. || Il a l'esprit anguleux, chatouilleux, chicanier, entier, pointilleux, tranchant; bonasse (cit. 1), conciliateur, facile, liant, souple. || Son esprit est chagrin, fâcheux, triste, enjoué, sémillant. || Aigreur d'esprit. || Bizarrerie de l'esprit. || Travers d'esprit.Humeur; goût. || Avoir, ne pas avoir l'esprit à…, l'humeur à… || Je n'ai pas l'esprit au jeu, l'esprit à m'amuser, en ce moment ( Goût).
Valeur morale de l'esprit. || Grandeur, largeur, libéralité d'esprit ( Tolérance). || Esprit noble, élevé, généreux. || Force d'esprit. || Esprit courageux, bien trempé; trempe de l'esprit.Esprit dégradé, dépravé, avili. || Petit esprit, esprit étroit. || Étroitesse, petitesse, bassesse d'esprit. || Esprit changeant, mobile, léger, futile, frivole, volage. || Esprit retors, rusé, hypocrite, cauteleux.
73 Je sais que vous avez l'esprit très fort et que vous n'ignorez aucun des remèdes qui peuvent servir pour adoucir votre douleur…
Descartes, Lettre à Huygens, in Brunschvicg, Descartes, p. 74.
74 Quand une lecture vous élève l'esprit (…) ne cherchez pas une autre règle pour juger de l'ouvrage.
La Bruyère, les Caractères, I, 31.
75 Un front étroit annonçait un petit esprit chez ce prêtre, déjà doué d'une figure commune (…)
Balzac, Une double famille.
Avoir bon, mauvais esprit : être bienveillant, coopératif, confiant; être malveillant, rebelle, méfiant. || Faire du mauvais esprit ( Indiscipline, insoumission, insubordination).
Par métonymie. || C'est un mauvais esprit qui s'oppose à toute discipline, à toute hiérarchie.
(Personnes : qualifié ou au plur.) Gens, homme. || Un esprit audacieux (cit. 1), factieux. || C'est un esprit noble, généreux. || Esprit optimiste, pessimiste. || Esprit romanesque. || Esprit blasé (cit. 9). || De jeunes esprits. || Avoir de l'ascendant (cit. 5) sur les esprits, manier les esprits. || Mener une action de contrainte sur les esprits. → 2. Politique, cit. 9. || Calmer; agiter les esprits. || Les esprits sont montés contre lui. Opinion. || Esprits libres; soumis. || Esprit dégradé, dépravé.
76 Les esprits généreux jugent tout par eux-mêmes (…)
Corneille, Théodore, IV, 1.
77 Un esprit corrompu ne fut jamais sublime.
Voltaire, Épîtres, À Mlle Clairon, 1765.
78 Il est de ces esprits favorisés des cieux,
Qui sont tout par eux-même, et rien par leurs aïeux.
Voltaire, Mahomet, I, 4.
79 Le droit qu'un esprit vaste et ferme en ses desseins (…)
Voltaire, Mahomet, II, 5 (→ Droit, cit. 14).
80 (…) il n'est pas possible que des esprits dégradés par une multitude de soins futiles s'élèvent jamais à rien de grand; et, quand ils en auraient la force, le courage leur manquerait.
Rousseau, Discours sur les sciences et les arts, II, p. 15.
81 (…) madame la duchesse de Maillé, cet esprit si vif, si courageux, si noblement aisé, d'une repartie si prompte (…) qui savait, dans ces brillantes représentations du château de Lormois, dont on a gardé le souvenir, être tour à tour Célimène et Dorine avec une égale supériorité.
Th. Gautier, Portraits contemporains, p. 19.
82 Il ne cessait de répéter que le devoir, dans chaque groupement, dans chaque foyer, était de lutter contre ces peurs imprécises qui livraient les esprits à la hantise de la légitime défense, et faisaient le jeu des ennemis de la paix.
Martin du Gard, les Thibault, t. VII, p. 115.
83 Les esprits faibles et légers ont ceci de commun avec les rois qu'ils ne sont jamais responsables.
A. Maurois, Ariel ou la Vie de Shelley, p. 281.
6 (V. 1155). Principe de la vie intellectuelle (opposé à la sensibilité). Entendement, intellect, intelligence, raison; et (fig.) caboche, cerveau, cervelle, front, tête. || Relatif à l'esprit. Cérébral, intellectuel, mental. || Phénomènes, opérations, facultés de l'esprit. Pensée; abstraction, aperception, appréhension, cognition, compréhension, conception, connaissance, discernement, entendement, généralisation, imagination, intellection, intelligence, invention, jugement, méditation, perception, réflexion, représentation, sens (bon sens, sens commun). || La sensibilité, le cœur (cit. 148) et l'esprit. || S'adresser (cit. 11) au cœur et à l'esprit. || Qualités de l'esprit : acuité, agilité (cit. 3), clairvoyance, clarté, finesse, pénétration, promptitude, perspicacité, rapidité, souplesse, vigueur, vivacité de l'esprit. || Dons de l'esprit. Génie, talent. || L'étendue de son esprit.(Qualifié). || Esprit agile, brillant (cit. 15), délié, étincelant, fin, pétillant, primesautier, prompt, rapide, subtil, vif. || Assouplir l'esprit. || Esprit étendu, ouvert. || Esprit clair, clairvoyant, lucide, lumineux, net, pénétrant, perçant (cit. 3), perspicace (cit.), profond, sagace, vigoureux. || Esprit avisé, sage; esprit bien équilibré, méthodique, mûr, pondéré, positif, rassis, solide. || Esprit carré (cit. 2), juste. || Avoir l'esprit bien fait (→ La tête bien faite). || Esprit cultivé (cit. 25), éclectique, orné. || Esprit chercheur, curieux, observateur, méditatif; esprit cartésien, logique. || Esprit contemplatif. || Esprit spéculatif, systématique, théoricien; chimérique, utopique. || Esprit paradoxal, sophistique. || Esprit pratique, imaginatif, ingénieux, inventif, fertile.Esprit bouffon, fantaisiste, superficiel. || Esprit conventionnel, plat. || Esprit crédule, naïf. || Esprit caustique, détracteur, frondeur, malicieux, mordant, persifleur, railleur, satirique.Défauts de l'esprit. || Esprit alambiqué, biscornu, boiteux, brouillon, confus, faux, tortu. || Esprit étriqué, étroit, rétréci, rétrograde, routinier, tatillon. || Esprit perdu dans les détails. || Esprit borné (cit. 22, 23), bouché, épais, inculte; lent, lourd, obtus ( Bête, sot, stupide). || Lenteur, paresse, pesanteur d'esprit. || Esprit terre à terre, positif. || Avoir l'esprit enfoncé (cit. 44) dans la matière. || Aveuglement, cécité d'esprit (→ Aveugler, cit. 6).
84 (…) ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien.
Descartes, Discours de la méthode, I.
85 Il a un bon esprit; il sait bien ce qu'il sait (…)
Mme de Sévigné, Lettres, 548, in Littré.
86 Le cœur a son ordre; l'esprit a le sien qui est par principe et démonstration, le cœur en a un autre (…)
Pascal, Pensées, IV, 283.
87 L'esprit ne saurait jouer longtemps le personnage du cœur.
La Rochefoucauld, Maximes, 108.
88 L'esprit est toujours la dupe du cœur.
La Rochefoucauld, Maximes, 102.
89 Chacun dit du bien de son cœur, et personne n'en ose dire de son esprit.
La Rochefoucauld, Maximes, 98.
90 Il y a des artisans ou des habiles dont l'esprit est aussi vaste que l'art et la science qu'ils professent (…)
La Bruyère, les Caractères, I, 61.
91 On dit bien quand le cœur conduit l'esprit.
Mme de Tencin, Correspondance avec Richelieu, p. 384.
92 Un esprit faux est un esprit très borné : c'est un esprit qui n'a pas contracté l'habitude d'embrasser un grand nombre d'idées; vous voyez par là qu'il doit souvent en laisser échapper les rapports.
Condillac, Art d'écrire, I, 1 (→ aussi Caractère, cit. 20).
93 Un peu de culture et beaucoup de mémoire, avec quelque hardiesse dans les opinions et contre les préjugés, font paraître l'esprit étendu.
Vauvenargues, Réflexions et maximes, no 534.
94 Nos esprits sont comme nos bras, exercés à tout faire avec des outils, et rien par eux-mêmes.
Rousseau, Émile, IV.
95 La manière de former les idées est ce qui donne un caractère à l'esprit humain. L'esprit qui ne forme ses idées que sur des rapports réels est un esprit solide; celui qui se contente des rapports apparents est un esprit superficiel (…)
Rousseau, Émile, III.
96 Chez vous (les Français), l'esprit tue l'âme, comme le raisonnement y tue la raison.
Balzac, Massimilla Doni, Pl., t. IX, p. 362.
97 Ce n'est pas faute si mes maîtres m'avaient enseigné la logique, et, par leurs argumentations impitoyables, avaient fait de mon esprit un tranchant d'acier.
Renan, Souvenirs d'enfance, t. III, p. 219.
98 (…) Mme de Staël, fille de Necker, qui dépensait avec les hommes politiques le feu de son esprit, et avec les hommes d'épée le feu de son tempérament.
Jaurès, Histoire socialiste.., III, p. 140.
99 Sa réputation d'homme spirituel venait d'une rapidité d'esprit.
Cocteau, le Grand Écart, p. 4.
Ce qui est présent à l'esprit. || Contenu de l'esprit ( Concept, idée, image, représentation). || Esprit qui aperçoit un objet; accueille (cit. 4) une idée. || Idée, pensée, réflexion qui vient à l'esprit, se présente à l'esprit, traverse l'esprit. || Dites tout ce qui vous viendra à l'esprit (→ Passer par la tête). || Une idée qui lui trotte dans l'esprit. || Ôtez-vous cette idée de l'esprit.Cela m'est sorti de l'esprit : je l'ai oublié ( Mémoire). || Tourner, retourner une idée dans son esprit ( Tête). || Adhésion, assentiment de l'esprit. Certitude, conviction. || Raisonnement qui force l'esprit à reconnaître pour vrai qqch. ( Argument).
100 N'y a-t-il point quelque Dieu (…) qui me met en l'esprit ces pensées ?
Descartes, Méditations métaphysiques, II.
101 Croit-il être le seul qui ne soit pas content ?
N'ai-je en l'esprit que son affaire ?
La Fontaine, Fables, VI, 11.
102 Chacun disait ce qui lui venait dans l'esprit.
Fénelon, Télémaque, V.
103 Cependant il roulait dans son esprit de profondes pensées.
France, le Petit Pierre, XXI, p. 145.
Dans mon esprit : dans ma pensée, selon moi. || Vous m'avez mal compris; dans mon esprit, il ne s'agissait pas de vous blâmer. || Appliquer son esprit; tourner son esprit vers qqch. || Application (cit. 8) de l'esprit à un objet. Attention, concentration. || Esprit présent, appliqué à un objet. || Concentration, contention, tension d'esprit. || Bander (cit. 8) les ressorts de son esprit. || Esprit absorbé dans une étude, un travail. || Se creuser l'esprit; mettre son esprit à la torture. || Exercer, faire fonctionner son esprit. || Exercice, gymnastique de l'esprit. || Activité; repos, détente de l'esprit. || Paresse d'esprit.Esprit qui se juge, s'analyse lui-même ( Introspection).
104 Nul n'est content de sa fortune
Ni mécontent de son esprit.
Mme Deshoulières, Réflexions diverses, V.
105 Un esprit qui ne se déjoue, et ne s'évade vivement de ses jugements à peine formés, et ne les déconcerte de ses traits, mérite-t-il le nom d'esprit ?
Valéry, Variété IV, p. 26.
Présence d'esprit : aptitude à faire ou à dire sans hésitation ce qui est à propos. À-propos.
106 (…) je ne puis croire que ma fille bien-aimée, et toujours pleine d'esprit, et même de présence d'esprit, se soit trouvée dans cet état.
Mme de Sévigné, Lettres, 942, 26 nov. 1684.
107 La présence d'esprit se pourrait définir une aptitude à profiter des occasions pour parler ou pour agir.
Vauvenargues, De la présence d'esprit.
108 C'était là qu'il fallait de la justesse et de la présence d'esprit pour répondre.
Rousseau, les Confessions, VIII.
109 J'admire cette constante présence de l'esprit charmant de Stendhal. Oui : présence d'esprit; qui donc osa le premier cet heureux mariage de mots ? On voudrait l'inventer pour Stendhal. Il n'est jamais à court de lui-même et ne se fait jamais défaut.
Gide, Nouveaux prétextes, p. 155.
Entretenir (cit. 23), nourrir, cultiver son esprit. || Besoins (cit. 12) de l'esprit. || Nourriture de l'esprit. || Culture qui affine, polit l'esprit. Cultiver. || Ouvrir l'esprit. || Aiguiser (cit. 11) les esprits. || Charmer l'esprit, les esprits. || Détendre, amuser l'esprit.
110 Archimède (…) n'a pas donné des batailles, mais il a fourni à tous les esprits ses inventions (…)
Pascal, Pensées, XII, 793.
111 La table qui, tour à tour chargée de doctes livres et de mets succulents, sert de support à la nourriture du corps et à celle de l'esprit (…)
France, la Rôtisserie de la reine Pédauque, Œ., t. VIII, V, p. 48.
Attitudes (cit. 24) de l'esprit. || Habitudes de l'esprit. || Tour, tournure d'esprit. Mentalité.Avoir l'esprit mal tourné, bien tourné.
7 (V. 1478). Par métonymie. (Personnes). || C'est un esprit subtil, raffiné, pénétrant, un homme dont l'esprit est subtil, raffiné, etc. || Esprit brillant, élevé, supérieur, transcendant, vaste, grand esprit ( Aigle, génie). || Esprit ordinaire, médiocre, vulgaire. || C'est un esprit bizarre, boiteux (cit. 7); chancelant (cit. 2), faible. || Un esprit buté, entêté (cit. 12). || C'est un esprit conventionnel, traditionnel; original, paradoxal. || Esprit religieux. || Un esprit incrédule, irréligieux, libertin (→ Libre penseur).
112 Le Discours de Rivarol, qui obtint le prix, a de l'éclat, de l'élévation, nombre d'aperçus justes et fins exprimés en images heureuses. C'est un esprit fait et déjà mûr qui développe ses réflexions, et, par endroits, c'est presque un grand écrivain qui les exprime.
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 27 oct. 1851.
113 (…) un de ces esprits légers, habitués à la confusion, dont il est convenu que le Parlement abonde.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. III, XVI, p. 210.
Un bon esprit : un homme qui juge, apprécie sainement. || Un des meilleurs esprits du siècle.
114 (…) communiquer au public tout le peu que j'aurais trouvé, et de convier les bons esprits à tâcher de passer plus outre, en contribuant (…) aux expériences qu'il faudrait faire (…)
Descartes, Discours de la méthode, VI.
Un petit esprit : un homme dont les pensées sont mesquines, sans étendue ni portée.
115 À peine les petits esprits ont-ils appris quelque chose qu'ils croient tout savoir, et il n'y a sorte de sottise que cette persuasion ne leur fasse dire et faire.
Rousseau, Réponse au roi de Pologne.
Vx ou péj. Un bel esprit : un homme cultivé, raffiné, d'un commerce agréable (souvent ironique → Pédant). Beau (cit. 36, 38, 39 et supra). || De beaux esprits (→ ci-dessous, V., 1., Le bel esprit).
116 (…) vous-même, vous croyez-vous sans aucun esprit ? et si vous en avez, c'est sans doute de celui qui est beau et convenable : vous voilà donc un bel esprit (…)
La Bruyère, les Caractères, XII, 20.
REM. On a dit au XVIIe s. un esprit pour un bel esprit.
Prov. Mod. Les beaux, les grands esprits se rencontrent, se dit lorsque deux personnes ont la même idée en même temps (souvent ironique).
117 Les beaux esprits se rencontrent.
Voltaire, Correspondance, 1741, 30 juin 1760.
Esprit fort : personne dont l'esprit est « étranger ou hostile aux croyances religieuses » (Lalande). Libre penseur.
118 Les esprits forts savent-ils qu'on les appelle ainsi par ironie ? Quelle plus grande faiblesse que d'être incertains quel est le principe de son être, de sa vie, de ses sens, de ses connaissances, et quelle en doit être la fin ?
La Bruyère, les Caractères, XVI, 1.
119 Si c'est le grand et le sublime de la religion qui éblouit ou qui confond les esprits forts, ils ne sont plus des esprits forts, mais de faibles génies et de petits esprits (…)
La Bruyère, les Caractères, XVI, 20.
———
V Qualité, aptitude intellectuelle. Spirituel, II.
1 (1690). Qualifié. Aptitude, disposition particulière de l'intelligence. || Esprit philosophique, mathématique : don, disposition pour la philosophie, les mathématiques ( Bosse, fig.). || Esprit de… || L'esprit des affaires, du commerce. Sens. || Avoir l'esprit de généralisation, d'ensemble, de synthèse; l'esprit d'analyse, de détail. || Esprit d'observation, de recherche. || Esprit d'invention; de méthode, de système. || Esprit critique, esprit de critique. Critique (cit. 40, 41).
120 (Leibniz) réunissait deux grandes qualités presque incompatibles : l'esprit d'invention et celui de méthode.
Diderot, Opinions des anciens philosophes.
121 (…) quand il a su que j'étais imprimé tout vif, il a pris la chose au tragique et m'a fait ôter mon emploi, sous prétexte que l'amour des lettres est incompatible avec l'esprit des affaires.
Beaumarchais, le Barbier de Séville, I, II.
122 L'esprit de commerce est un esprit d'intérêt.
G.-T. Raynal, Hist. philosophique, II, 23.
123 Le genre d'adresse du cardinal Mazarin, sa dissimulation, la grâce et la finesse de son jeu, cet esprit de cabinet où il excellait, et « qui fait jouer tant de grandes machines (…) »
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 1er déc. 1851.
124 Il faudrait par exemple, mettre en lumière ce remarquable développement de l'esprit critique en matière de forme qui s'est prononcé à partir du XVIe siècle; cet esprit a dominé la littérature pendant la période dite classique, et n'a jamais cessé depuis lors d'exercer une influence directe ou indirecte sur la production.
Valéry, Regards sur le monde actuel, p. 129.
Esprit de géométrie, esprit géométrique; esprit de finesse : les deux formes d'esprits que Pascal oppose dans les Pensées.
125 Différence entre l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse. — En l'un, les principes sont palpables, mais éloignés de l'usage commun; de sorte qu'on a peine à tourner la tête de ce côté-là, manque d'habitude : mais pour peu qu'on l'y tourne, on voit les principes à plein (…) Mais dans l'esprit de finesse, les principes sont dans l'usage commun et devant les yeux de tout le monde; on n'a que faire de tourner la tête, ni de se faire violence, il n'est question que d'avoir bonne vue, mais il faut l'avoir bonne, car les principes sont si déliés et en si grand nombre, qu'il est presque impossible qu'il n'en échappe (…) Il y a donc deux sortes d'esprits : l'une, de pénétrer vivement et profondément les conséquences des principes, et c'est là l'esprit de justesse; l'autre, de comprendre un grand nombre de principes sans les confondre, et c'est là l'esprit de géométrie.
Pascal, Pensées, I, 1 et 2.
126 Il y a deux sortes d'esprits, l'un géométrique, et l'autre que l'on peut appeler de finesse. Le premier a des vues lentes, dures et inflexibles; mais le dernier a une souplesse de pensée qu'il applique en même temps aux diverses parties aimables de ce qu'il aime.
Pascal, Disc. sur les passions de l'amour.
Absolt. Vx. || Bon esprit : aptitude de l'esprit à juger sainement.
127 Le bon esprit consiste à retrancher tout discours inutile et à dire beaucoup en peu de mots (…)
Fénelon, De l'éducation des filles, IX.
128 Le bon sens est de savoir ce qu'il faut faire; le bon esprit, de savoir ce qu'il faut penser.
Joseph Joubert, Pensées, III, XLI.
Esprit de décision (cit. 9 et supra).Esprit d'à-propos (on dit aussi présence d'esprit), de repartie. || Manquer d'esprit d'à-propos : rester court.Esprit de l'escalier.Esprit de suite (→ Suite dans les idées).
129 (…) il tenait Lucien lui-même pour un agité, peu propre à cet esprit de suite, nécessaire à qui veut gouverner durablement (…)
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, Le Consulat, III, p. 35.
Absolt. Vx ou péj. Le bel esprit : raffinement, culture, pratique des arts, des belles-lettres ( Pédantisme).
130 (…) l'homme au sonnet, qui s'est jeté dans le bel esprit et veut être auteur malgré tout le monde (…)
Molière, le Misanthrope, V, 4.
131 Ô vous donc qui, brûlant d'une ardeur périlleuse,
Courez du bel esprit la carrière épineuse (…)
Boileau, l'Art poétique, I.
L'esprit de société; l'esprit de la conversation (cit. 4) : aptitude à briller en société, dans la conversation.
132 Entre les diverses natures d'esprit que peut posséder une actrice, l'esprit le plus rare est à coup sûr l'esprit de société.
Th. Gautier, Portraits contemporains, p. 389.
2 Absolt. Vx. Qualité, valeur intellectuelle ( Intelligence, talent; culture). || Avoir de l'esprit. || Homme d'esprit, personne d'esprit.
Vx. || Bureau d'esprit. Bureau (cit. 5.1), salon.
133 À mesure que l'on a plus d'esprit, l'on trouve plus de beautés originales.
Pascal, Disc. sur les passions de l'amour.
134 Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis (…)
Molière, les Femmes savantes, III, 2.
135 Il faut être bien dénué d'esprit, si l'amour, la malignité, la nécessité n'en font pas trouver.
La Bruyère, les Caractères, IV, 81.
136 C'est un métier que de faire un livre, comme de faire une pendule : il faut plus que de l'esprit pour être auteur.
La Bruyère, les Caractères, I, 3.
137 Le mot esprit, quand il signifie une qualité de l'âme, est un de ces termes vagues auxquels tous ceux qui les prononcent attachent presque toujours des sens différents (…) quand on dit, voilà un ouvrage plein d'esprit, un homme qui a de l'esprit, on a grande raison de demander du quel. L'esprit sublime de Corneille n'est ni l'esprit exact de Boileau, ni l'esprit naïf de La Fontaine; et l'esprit de La Bruyère, qui est l'art de peindre singulièrement, n'est point celui de Malebranche, qui est de l'imagination avec de la profondeur.
Voltaire, Dict. philosophique, Esprit.
138 Ni l'ignorance n'est défaut d'esprit, ni le savoir n'est preuve de génie.
Vauvenargues, Réflexions et maximes, 217.
139 Bien écrire (…) c'est avoir en même temps de l'esprit, de l'âme et du goût.
Buffon, Disc. sur le style.
140 On a dit que l'amour, qui ôtait l'esprit à ceux qui en avaient, en donnait à ceux qui n'en avaient pas (…)
Diderot, Paradoxe sur le comédien.
Comment l'esprit vient aux filles, titre d'un conte de La Fontaine (L'amour donne de l'esprit → ci-dessus cit. La Bruyère et Diderot).
141 (…) mort de ma vie, madame, ce n'est pas l'esprit qui donne de l'amour; c'est l'amour qui fait venir de l'esprit.
Dancourt, la Parisienne, 7, in Littré.
Allusion littéraire :
142 Quand ils ont tant d'esprit les enfants vivent peu.
Casimir Delavigne, les Enfants d'Édouard, I, 2.
Plais. || Il a trop d'esprit pour vivre vieux.REM. Ce sens est archaïque, les emplois possibles dans l'usage actuel sont interprétés au sens 3.
3 (1547). Mod. Vivacité piquante; ingéniosité dans la façon de concevoir et d'exposer qqch. ( Adresse, cit. 13; ingéniosité, malice; humour). || Avoir de l'esprit, beaucoup d'esprit ( Spirituel, II., 2.). — ☑ Loc. Avoir de l'esprit jusqu'au bout des doigts, des ongles. || Faire preuve d'esprit dans la conversation, en société. || Faire assaut d'esprit. || Homme d'esprit, plein d'esprit, pétri d'esprit.Faire de l'esprit (péj.) : faire étalage d'esprit. || Ce n'est pas le moment de faire de l'esprit (→ Faire le malin).Esprit boulevardier.Allus. littér. || « Quand on court après l'esprit on attrape la sottise » (Montesquieu, Variétés). — ☑ Prov. L'esprit court les rues : tout le monde se pique d'avoir de l'esprit.
143 Bélise. Qu'il a d'esprit !
Molière, les Femmes savantes, III, 1.
(À la scène 2 du même acte, Armande s'exclame : « Ah ! de l'esprit partout ! »).
144 Ce qu'on appelle esprit est tantôt une comparaison nouvelle, tantôt une allusion fine : ici l'abus d'un mot qu'on présente dans un sens, et qu'on laisse entendre dans un autre; là un rapport délicat entre deux idées peu communes (…) c'est l'art ou de réunir deux choses éloignées, ou de diviser deux choses qui paraissent se joindre (…) c'est celui de ne dire qu'à moitié sa pensée pour la laisser deviner. Enfin, je vous parlerais de toutes les différentes façons de montrer de l'esprit, si j'en avais davantage (…)
Voltaire, Dict. philosophique, Esprit.
145 Et rien enfin n'est plus froid qu'un écrit
Où l'esprit brille au dépens de l'esprit.
J.-B. Rousseau, Épigrammes, II, 3.
146 L'esprit qu'on veut avoir gâte celui qu'on a.
J.-B. L. Gresset, Méchant, IV, 7.
147 L'esprit est donc, en général, cette faculté qui voit vite, brille et frappe.
Rivarol, Littérature, p. 109.
148 Mais on peut dire, en général, que le génie s'élève et s'agrandit dans la composition; l'esprit s'y évapore et reste à sec : il est de sa nature de briller, mais de n'éclairer que de petits espaces.
Rivarol, Littérature, p. 110.
149 Que les gens d'esprit sont bêtes !
Beaumarchais, le Mariage de Figaro, I, 1.
150 Il y a quelqu'un qui a plus d'esprit que Voltaire, c'est tout le monde.
Talleyrand, Disc. du 24 juin 1821.
151 Comme il avait deux fois de l'esprit, d'abord l'esprit qu'il avait, ensuite l'esprit qu'on lui prêtait, on le recherchait même et on le fêtait.
Hugo, les Misérables, III, III, 1.
152 Ces vingt pages (des « Caractères » de La Bruyère) ont eu de l'esprit peut-être jusqu'en 1789. L'esprit si délicieux pour qui le sent ne dure pas. Comme une belle pêche passe en quelques jours, l'esprit passe en deux cents ans, et bien plus vite s'il y a révolution dans les rapports que les classes d'une société ont entre elles, dans la distribution du pouvoir dans une société.
Stendhal, Vie de Henry Brulard, p. 378.
153 L'esprit est à peu près, à l'intelligence vraie, ce qu'est le vinaigre au vin solide et de bon cru : breuvage des cerveaux stériles et des estomacs maladifs.
J. Renard, Journal, 20 juil. 1887.
154 L'esprit, me disait un homme d'esprit, ce n'est que la bêtise en mouvement; et le génie, c'est la bêtise en fureur.
Valéry, Rhumbs, p. 243.
155 Il faut de l'esprit pour bien parler, de l'intelligence suffit pour bien écouter.
Gide, Journal, 6 janv. 1892.
Trait d'esprit; mot d'esprit. Boutade, jeu (de mots, etc.), pointe, saillie. || Discours rempli de traits d'esprit (→ Feu d'artifice).
156 Les anciens (…) appelaient sel, par métaphore, les traits d'esprit qui donnent de la saveur au discours.
France, la Rôtisserie de la reine Pédauque, II, in Œ., t.VIII, p. 12 (→ Sel, cit. 4).
157 Il y a des traits de sottise aussi considérables, aussi rares, aussi précieux que des traits d'esprit.
Valéry, Rhumbs, p. 234.
Ce qu'il y a de piquant, de spirituel dans une pensée, un discours, etc. || Mettre de l'esprit dans tout ce que l'on dit. || L'esprit d'une charge, d'une satire, d'une caricature. || Repartie pleine d'esprit ( Sel). || Débauche d'esprit dans une conversation; conversation qui ne brille pas par l'esprit. || Pétiller d'esprit.
158 La conversation de Mme de Luxembourg ne pétille pas d'esprit.
Rousseau, les Confessions, X.
159 Spirituel ? Il y a deux façons d'être spirituel : par l'esprit qu'on met dans ce qu'on dit, et par celui qu'on met dans sa manière de dire.
Martin du Gard, les Thibault, t. IX, p. 217.
Faux esprit :
160 Le faux esprit est autre chose que de l'esprit déplacé : ce n'est pas seulement une pensée fausse, car elle pourrait être fausse sans être ingénieuse; c'est une pensée fausse et recherchée.
Voltaire, Dict. philosophique, Esprit.
———
VI
1 (1585). Attitude, principe qui détermine, oriente l'action. Intention, volonté. || Esprit de conciliation, d'apaisement, de paix; esprit conciliateur. || Esprit de chicane, de contention (vx). || Esprit d'intrigue, de rébellion, de révolte. || Esprit de justice, de charité. || Esprit d'indépendance. || Esprit de tyrannie; de vengeance.Esprit de sacrifice.
161 (…) l'esprit charitable de souhaiter plaies et bosses à tout le monde est extrêmement répandu.
Mme de Sévigné, Lettres, 766, 29 déc. 1679.
162 Ils (les papes) n'usent pas de domination; mais l'esprit qui paraît en toute leur conduite est celui de paix et de vérité.
Pascal, les Provinciales, XVIII.
163 L'esprit de défiance nous fait croire que tout le monde est capable de nous tromper.
La Bruyère, les Caractères de Théophraste, « De la défiance ».
164 Cet esprit (ce mauvais esprit) qu'ils blâmaient en moi, fut celui qui sauva la France. Esprit d'insoumission, de révolte; ou même d'abord et simplement : esprit d'examen (…)
Gide, Journal, Naples, janv. 1946.
165 (…) une vraie société secrète, d'esprit révolutionnaire (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, X, p. 113.
Avoir le bon esprit (de faire qqch.), la bonne idée (de…). || Il eut le bon esprit de se taire.
Dans un esprit de… (et subst.). Intention; but, dessein, idée. || Aborder une lecture dans un esprit de défiance. || Il ne faut pas entreprendre cela dans un esprit de vengeance.Agir dans un esprit désintéressé (→ Pour la beauté du geste).C'est dans cet esprit qu'il convient d'envisager la chose. Angle (sous cet angle), aspect, vue (de ce point de vue).
166 (…) dans l'esprit de contenter ceux qui reçoivent froidement tout ce qui appartient aux étrangers et aux anciens et qui n'estiment que leurs mœurs, on les ajoute (les Caractères) à cet ouvrage.
La Bruyère, Disc. sur Théophraste.
167 L'on se couche à la cour et l'on se lève sur l'intérêt (…) c'est ce qui fait que l'on pense, que l'on parle (…) c'est dans cet esprit qu'on aborde les uns et qu'on néglige les autres (…)
La Bruyère, Disc. sur Théophraste, VIII, 22.
Esprit de retour : intention de revenir. || Il est parti sans esprit de retour.
Allus. hist. || L'esprit nouveau, formule par laquelle Spuller, ministre de l'Instruction publique, définissait la politique conciliante du gouvernement envers l'Église (1894).
168 Cet esprit nouveau c'est l'esprit qui tend (…) à ramener tous les Français autour des idées de bon sens, de justice et de charité qui sont nécessaires à toute société qui veut vivre.
E. Spuller, in Journal officiel, 4 mars 1894 (cité par Guerlac).
2 (1656). Ensemble des idées, des sentiments qui oriente l'action d'une collectivité concrète ou abstraite. || L'esprit d'une collectivité, d'une société. Génie. || L'esprit de la monarchie, de la république. || L'esprit d'une religion, d'une croyance, d'une doctrine. || Ceci n'est pas dans l'esprit du christianisme. || Cela entre bien dans l'esprit de…, cela cadre bien avec l'esprit de…
169 Il ne sort jamais aucun ouvrage de chez nous (les Jésuites) qui n'ait l'esprit de la société.
Pascal, les Provinciales, IX.
170 L'esprit de la monarchie est la guerre et l'agrandissement; l'esprit de la république est la paix et la modération.
Montesquieu, l'Esprit des lois, IX, 2.
171 Un bon esprit modéré tend à s'établir et a déjà gagné la majorité des esprits; l'esprit constitutionnel pur, l'esprit de la monarchie selon la Charte.
Sainte-Beuve, Correspondance, 60, 3 janv. 1829.
172 À parler franc, monsieur, je crois le génie profond de notre race très différent de ce que divers critiques superficiels ont accoutumé d'appeler « l'esprit français », et qui n'est pour la plupart du temps qu'une manière de vernis lustrant de banales pensées. Tout au plus est-ce là l'esprit public.
Gide, Nouveaux prétextes, p. 58.
173 Le véritable esprit sportif, dit le major, participe toujours de l'esprit religieux.
A. Maurois, les Silences du colonel Bramble, I, p. 11.
L'esprit du siècle, du monde.
174 L'esprit du siècle en avait entièrement banni (du monastère) la régularité.
Racine, Port-Royal, in Œ., t. IV, p. 381.
Vx. Esprit public : opinion publique.
175 Anglais, dont on nous vante ici l'esprit public, ayant fait le mot, vous avez la chose, sans doute (…)
P.-L. Courier, Lettres, X.
Esprit général, social, national : fonds d'idées, de sentiments qui dominent dans une société.
176 Les lois sont établies, les mœurs sont inspirées; celles-ci tiennent plus à l'esprit général, celles-là tiennent plus à une institution particulière; or il est aussi dangereux, et plus, de renverser l'esprit général que de changer une institution particulière.
Montesquieu, l'Esprit des lois, XIX, 12.
177 Plusieurs choses gouvernent les hommes : le climat, la religion, les lois (…) les mœurs, les manières; d'où il se forme un esprit général qui en résulte.
Montesquieu, l'Esprit des lois, XIX, 4.
178 (…) il faudrait que l'effet pût devenir la cause; que l'esprit social, qui doit être l'ouvrage de l'institution, présidât à l'institution même (…)
Rousseau, Du contrat social, II, 7.
L'esprit d'une époque, d'une génération. || Avoir l'esprit de son âge (cit. 21 et 23).Entrer dans l'esprit de son rôle, en parlant d'un acteur.
179 Qu'on déplore ou qu'on glorifie les transformations sociales advenues, il faut prendre la nation telle qu'elle est, les faits tels qu'ils sont, entrer dans l'esprit de son temps, afin d'avoir action sur cet esprit.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. V, p. 312.
L'esprit d'un corps, d'un clan, d'un parti…, et, par ext., esprit de corps : esprit d'attachement et de dévouement au corps, au groupe auquel on appartient. Solidarité. || Esprit de famille. || Esprit sportif. || Esprit d'équipe.Esprit de clan, de parti : attachement exclusif, sectaire à un clan, un parti. || Esprit de système. || Esprit de clocher.
180 De l'esprit de parti je sais quelle est la rage (…)
Voltaire, Tancrède, III, 3.
181 (L') Esprit de parti, qui est à l'esprit d'un corps ce que sont les passions aux sentiments ordinaires.
Voltaire, Dict. philosophique, Esprit.
181.1 Parce qu'il y a beaucoup de monnaie en circulation, est-ce une raison pour (…) employer tous les moyens d'oppression que suggèrent l'avarice et l'esprit de parti.
J. Roux, in Kessel, les Gauchistes de 89, p. 265, in D. D. L., II, 11.
182 (…) comme le voulait l'esprit de corps si répandu, et qui est l'esprit de ceux qui n'en ont pas (…)
France, la Vie en fleur, VI, p. 87.
183 (Les Bonaparte) imbus, plus encore que lui (Napoléon), de l'esprit de clan, trouvent (…) tous fort naturel d'avancer avec lui (…)
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, Vers l'Empire d'Occident, X, p. 137.
(Sur le plan international). || L'esprit de la détente, de la guerre froide.
3 (1547). Le sens profond (d'un texte), le fond, l'essentiel de la pensée (d'un auteur). || L'esprit d'une législation, d'une constitution. || L'esprit de la Révolution et de la Constitution, de Saint-Just (1791). || L'esprit d'une loi. || L'Esprit des lois, ouvrage de Montesquieu (1748).
184 Avouons avec Mme du Deffand que souvent l'Esprit des Lois est de l'esprit sur les lois.
Voltaire, Commentaires sur l'Esprit des lois, XIX.
Allus. bibl. L'esprit et la lettre.
185 (…) la lettre tue, mais l'esprit vivifie.
Bible (Crampon), 2e Épître aux Corinthiens, III, 6.
186 Le christianisme, en formulant ce grand précepte : « La lettre tue et l'esprit vivifie », portera contre l'étroitesse absurde du légalisme juif une condamnation sans appel.
Daniel-Rops, le Peuple de la Bible, IV, III, p. 367.
4 (1684). Vx. Choix de textes extraits d'un auteur, destiné à faire connaître l'essentiel de sa pensée. || L'esprit de Molière (1777), de Marivaux (1789). || L'esprit de Rivarol, par Chênedollé (1868). || L'esprit de l'Esprit des lois (1749).
187 Dans ce siècle où l'on a mis le nom d'Esprit à la tête de tant d'ouvrages qui souvent démentent leur titre, la plupart de nos compilations périodiques pourraient être intitulées l'Esprit des ignorants et des sots (…)
d'Alembert, Éloges, L. Cousin.
CONTR. Animalité. — Chair, corps. — Matière. — Affectivité, cœur, sensibilité. — Bêtise, inintelligence; lourdeur, pesanteur. — Platitude. — Forme, lettre.
DÉR. Esprité.
COMP. Esprit-de-bois, esprit-de-sel, esprit-de-vin (V. ci-dessus, II., 2.).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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